Ce blog fêtait hier ses deux ans, sans que j'ai vraiment vu passer ce temps. Après un an et demi d'activité, les six derniers mois ont été, pour moi, riches en évolutions, et mon rythme de publication en a pâti, et est tombé à presque rien, mes énergies étant mobilisées ailleurs, et en particulier dans la rédaction de chroniques et d'articles dans le magazine Défense & Sécurité Internationale, sur des sujets proches de ceux traités au départ sur ce blog, mais aussi d'études plus imposantes dont j'espère voir la parution à brève échéance. Aussi est-il temps de mieux répartir les tâches entre mes différentes activités.
Dans ce blog, j'entends désormais, dans des billets sans doute plus brefs que par le passé, explorer d'autres champs stratégiques. Je m'efforcerai d'aborder dans ces lignes la question d'une Grande stratégie nationale, et ses déclinaisons possibles; celles-ci continueront bien sûr de réserver au militaire une place essentielle, mais ne s'y limiteront pas.
Merci à tout ceux qui me lisent, ici ou ailleurs, et à mes camarades de l'Alliance Géostratégique.
À bientôt,
Benoist
08 septembre 2010
Deux ans
Par Stent le 08 septembre 2010, 12:00 - Général
15 juin 2010
Technology & Armament, Histoire & Stratégie, Eurosatory 2010, etc.
Par Stent le 15 juin 2010, 00:15 - Général
Je me permets ici une petite parenthèse pour revenir sur mon actualité récente.
L'ami Joseph vous en a parlé sur son blog, ''Histoire & Stratégie'' est né. Cette revue est l'une des deux publications pour lesquelles j'exerce des activités de coordination éditoriale au profit du groupe Areion (qui édite déjà DSI à laquelle je contribue depuis septembre dernier), en sus de mes activités de recherche. La seconde, ''Technology & Armament'', est une publication en langue anglaise.
Ces deux revues, dont j'ai eu les exemplaires en main ce matin même, répondent à deux concepts différents :
La première, pour réemployer l'acronyme de Joseph, est un "Mook", c'est à dire un hybride entre un magazine (dont elle emprunte le format, le réseau de distribution et - c'est important - le prix) et un véritable petit livre de part le volume de texte (un peu plus de 300.000 signes!), mais abondamment illustré.
La seconde est destinée à aller jouer dans la cour des grands noms anglo-saxons de la presse de défense, mais en proposant une vision alternative : être la voix de la défense française à l'étranger, en somme.
Je serai, pour présenter ces deux revues - et particulièrement T&A - présent jusqu'à vendredi au salon Eurosatory 2010, qui s'est ouvert aujourd'hui au Parc des Expositions de Villepinte. N'hésitez pas à passer par notre stand (dont l'emplacement sur le salon est visible sur ce plan) pour des échanges stratégiques!
20 avril 2010
Tomber le masque...
Par Stent le 20 avril 2010, 23:45 - Général
Le moment est venu de bloguer sous mon propre nom. Nombre d'entre vous ont, déjà, eu l'occasion de me lire dans les colonnes de DSI. Stent, mon nom de plume, vient d'un livre de science-fiction lu dans mon adolescence et dont j'ai, depuis, oublié le titre. Mon véritable nom est Benoist Bihan, et je suis actuellement entre autres choses doctorant en Histoire à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ces derniers mois, pendant lesquels j'ai parmi d'autres activités déménagé sur Paris, ne m'ont pas permis d'écrire de manière régulière. Les idées, les ébauches se sont accumulées, mais je n'ai pas trouvé la tranquillité d'esprit qui m'est indispensable pour écrire. J'espère arriver à la retrouver dans les semaines qui viennent. Mais rassurez-vous, vous devriez croiser mes écrits régulièrement dans vos publications préférées dans les mois, et j'espère les années, à venir. Merci à tous ceux qui m'avaient démasqué, et à tous ceux qui me lisent, en espérant que vous pourrez encore le faire longtemps.
14 mars 2010
Res Militaris
Par Stent le 14 mars 2010, 17:00 - Lectures
Res Militaris, De l'emploi des forces armées au XXIe siècle, que je viens de terminer, est le dernier livre du colonel Michel Goya, que l'on ne présente plus (officier des Troupes de Marine, docteur en histoire, breveté du CID, et actuellement directeur d'études à l'IRSEM), et à qui l'on doit déjà outre de nombreux articles et études les deux excellents ouvrages La Chair et l'acier et Irak : les armées du chaos. Il s'agit d'ores et déjà de l'un des ouvrages incontournables de l'année 2010 en matière stratégique.

De la guerre du Rif à l'opération Cast Lead contre la bande de Gaza début 2009, en passant par l'Algérie ou... les restructurations d'IBM, l'ouvrage regroupe quarante fiches rédigées entre 2007 et 2009 par le colonel Goya pour éclairer sous l'angle historique le Chef d'état-major des armées d'alors, le général Georgelin, plus particulièrement - mais pas uniquement - dans le cadre des travaux de la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN). Ces fiches sont organisées en neuf thématiques : "Autant en emporte le temps", "La pause stratégique", "Savoir et pouvoir", "De l'emploi délicat des armées en sécurité intérieure", "Des dangers de la rationalité comptable", "Face aux réformes", "Retour à la campagne (militaire)", "De la guerre prolongée au milieu des populations" et "Stagflation militaire".
Accessible, bien écrit, Res Militaris est un ouvrage intéressant à la fois par la variété des thèmes abordés et surtout parce qu'il stimule la pensée : la lecture d'une fiche fait réfléchir et stimule réellement la réflexion sur les problématiques stratégiques en cours, tout en donnant l'envie d'en savoir plus sur chacun des sujets traités. La structure en fiches permet par ailleurs de le lire par petites touches, et d'y revenir "à la carte". Enfin, l'approche pluridisciplinaire retenue, l'Histoire étant nourrie par des emprunts à la sociologie, l'économie, la théorie des organisations, etc. en fait un exemple d'emploi intelligent des sciences humaines comme outil d'aide à la réflexion... et à la décision.
Un livre à lire au plus vite.
11 janvier 2010
Conférence d'Alain de Nève à l'EHESS
Par Stent le 11 janvier 2010, 10:55 - Agenda
Dans le cadre du séminaire pluridisciplinaire co-organisé par l'EHESS et l'IRSEM et consacré aux "Mutations et révolutions militaires", Alain de Nève, attaché de recherche à l’Institut Royal Supérieur de Défense, doctorant en sciences politiques à l’Université catholique de Louvain, membre du RMES et, last but not least, membre d'Alliance Géostratégique avec son blog "Guerres et systèmes", donnera jeudi 21 janvier à la Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail (et non plus au 105 comme c'était le cas les années précédentes) une conférence intitulée Nanotechnologies et révolution dans les affaires militaires – Entre promesses technologiques et technologies de la promesse, dont voici le résumé :
"Depuis plusieurs années, l’hypothèse de l’émergence d’une troisième révolution dans les affaires militaires (3RAM) a vu le jour. Les progrès significatifs intervenus dans les sciences et les technologies, notamment dans le domaine de la nanotechnologie, tendent à accréditer l’imminence d’une mutation sans précédent des conditions techniques dans lesquelles seront conduites à l’avenir les opérations militaires et de gestion de crise. La connaissance et la maîtrise des techniques de manipulation de la matière à l’échelle du milliardième de mètre (échelle dite « nanométrique ») présagent, en effet, de ruptures technologiques majeures qui modifieront en substance la structuration des forces de même que les rapports entre le combattant et la machine. Au-delà, la nanotechnologie est également présentée comme le vecteur d’une révolution des perspectives stratégiques, plus globale, marquée par des altérations profondes des fondements techniques et sociopolitiques des équilibres militaires. Le débat sur les dimensions militaire et sécuritaire de la nanotechnologie est cependant récent. Les scénarios de mises en œuvre des nanotechnologies font florès. Ils oscillent entre prophéties technologiques auto-réalisatrices et anticipations raisonnées mais néanmoins critiques sur ce que pourrait être, demain, l’architecture des rapports de forces dans un monde globalisé. Débattre de l’impact de la nanotechnologie et de la convergence technologique qui lui est associée dans le domaine sécuritaire s’avère donc une nécessité."
Les nanotechnologies étant un sujet ou l'on entend de tout et surtout, me semble-t-il, de n'importe quoi, cette conférence est l'occasion de faire le point sur un champ technologique en devenir, et je ne peux donc que chaudement recommander d'y assister.
24 décembre 2009
Quartiers d'hiver
Par Stent le 24 décembre 2009, 15:38 - Général
Comme les lecteurs de ce blog ont pu le constater, La Plume et le Sabre est entré depuis quelques temps maintenant en quartiers d'hiver. Plus que la météo, c'est un agenda personnel très chargé, entre recherche d'emploi et recherche de logement, travail autour de ma thèse et de divers autres travaux qui m'a conduit, malgré moi, à ralentir le rythme. Ces quartiers d'hiver vont évidemment se prolonger pendant les fêtes, mais j'entends entrer en campagne en 2010 dès la mi-janvier. Rendez-vous donc autour du 15 janvier 2010, pour la reprise des billets.
En attendant, je vous souhaite à tous un très joyeux noël et une bonne et heureuse année 2010, en vous remerciant pour votre fidélité. En un peu plus d'un an d'existence, ce blog m'a beaucoup apporté, et j'espère bien dans l'année à venir continuer à le développer. Merci donc, et meilleurs vœux à tous.
25 novembre 2009
La suppression de l'Histoire et de la Géographie du programme des terminales S, une erreur dramatique
Par Stent le 25 novembre 2009, 01:00 - Actualité
Comme Joseph Henrotin et Olivier Kempf sur leurs blogs respectifs, je suis scandalisé de cette suppression annoncée, qui constitue une erreur lourde de conséquences à la fois sur le plan politique et sur celui de la formation intellectuelle des citoyens français. La légèreté avec laquelle est prise une telle décision ne plaide pas en faveur de la classe politique française, qui devrait s'interroger davantage sur la portée de ses actes, et faire ce pour quoi elle est élue et payée, c'est à dire de la politique au sens noble du terme. Je reproduis donc ici un texte de Jacques Sapir, économiste dont nous avons déjà plusieurs fois évoqué les travaux, et qu'il me semble important de lire et de relayer. Comme Olivier, je ne peux qu'appeler les lecteurs de ce blog à réagir à ce billet, et à faire le plus de publicité possible à ce texte. Merci à L.H., qui a relayé ce texte et que je salue au passage.
"Je viens d'apprendre que le Ministre de l'Éducation Nationale vient de décider de supprimer l'Histoire et la Géographie comme matières obligatoires (il se propose de les maintenir dans un cadre optionnel) en Terminale Scientifique. Je suis anéanti et scandalisé par une telle décision.
Tout le monde peut comprendre, au vu de ce qu'est un lycéen aujourd'hui, et plus particulièrement dans une section scientifique avec une spécialisation renforcée par la réforme, qu'une telle décision va aboutir à la suppression totale de cet enseignement. Très peu nombreux seront les élèves qui prendront une telle option. Nous ne devons donc nourrir aucune illusion. Le caractère démagogique de la mesure est évident. Il fait reposer sur les élèves la décision de prendre ou de ne pas prendre les cours d'Histoire et Géographie à un moment où la spécialisation de la filière vient d'être réaffirmée. Alors que, aujourd'hui, plus de 50% des élèves ont choisi la Terminale Scientifique, ceci revient à enlever l'enseignement d'Histoire et Géographie à cette même proportion. Seul le rétablissement de l'Histoire et de la Géographie dans le cadre de cours obligatoires peut garantir qu'elles seront suivies par les élèves des Terminales Scientifiques.
Cette scandaleuse décision survient au moment même où, de la commémoration de l'anniversaire de la mort de Guy Môquet au grand débat sur « l'identité nationale », en passant par le projet d'un musée de l'Histoire de France, la question de l'Histoire, mais aussi de la Géographie (car la conscience nationale s'enracine dans des pays et des paysages) occupe une place centrale dans notre pays. On se souvient du livre de Fernand Braudel Identité de la France, et de la place qu'il donnait à la fois aux paysages et à l'Histoire dans la construction d'un sentiment national. Ce dernier ne saurait renier ce qu'il doit à ces deux disciplines ou alors, mais nous n'osons croire que tel soit le projet du gouvernement, cela reviendrait implicitement à le faire reposer sur une couleur de peau ou une religion, avec ce que cela impliquerait pour le coup comme rupture avec ce qui fait l'essence même du sentiment national en France. On peut alors s'interroger sur la logique d'une telle politique qui prétend faire de la conscience nationale une priorité, qui va même jusqu'à créer à cette fin un Ministère de l'Intégration, et qui la retire en réalité à la moitié des élèves de Terminale. Ce n'est plus de l'incohérence, c'est de la schizophrénie. Samy Cohen <cohen@ceri-sciences-po.org> Au-delà, les raisons sont nombreuses qui militent pour le maintien d'un enseignement d'Histoire et de Géographie pour les Terminales Scientifiques. Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l'Histoire et de la Géographie. Est-ce à dire que, pour le Ministère de l'Éducation Nationale, les élèves des Terminales Scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone ? Est-ce à dire que l'on n'attend plus d'un mathématicien ou d'un physicien qu'il soit aussi un citoyen ? Ou bien, voudrait on ici organiser à terme une France à deux vitesses où d'un côté on aurait de grands décideurs dont la science serait au prix de leur conscience, et de l'autre le simple citoyen auquel on pourrait laisser ce savoir si nécessaire car devenu sans objet dans la mesure où ce dit citoyen ne pourrait plus peser sur les décisions politiques ? Il est vrai que l'on peut s'interroger aujourd'hui devant la réduction, sans cesse croissante, de la démocratie à ses simples formes, qui ont elles-mêmes été bafouées comme on l'a vu pour le vote du referendum de 2005.
Par ailleurs, cette décision est en réalité autodestructrice pour notre économie dont on prétend cependant que l'on veut en pousser l'externalisation. Aujourd'hui, dans les formations de pointe, qu'il s'agisse de Polytechnique (Chaire de management interculturel), des autres Grandes Écoles (École des Mines, École des Ponts et Chaussées) ou des Écoles de commerce et de gestion (HEC, ESSEC, SupdeCo, etc…), qui toutes impliquent de la part de l'étudiant une Terminale Scientifique, l'accent est mis sur la compréhension du monde contemporain. Ceci nécessite une formation de base en Géographie (humaine, économique et géopolitique) mais aussi une formation en Histoire afin de fournir les bases de compréhension des évolutions du monde contemporain. Ceci correspond à une demande spécifique des entreprises françaises qui sont de plus en plus engagées dans un processus d'internationalisation de leurs activités. Qu'il s'agisse de la question des contrats, ou encore du développement d'activités à l'expatriation, la connaissance des fondements historiques, géographiques et culturels de ces sociétés, qui pour certaines sont très différentes de la nôtre, est absolument indispensable. L'absence de ces disciplines, ou la réduction de leurs horaires à la portion congrue, défavoriseraient considérablement ceux des élèves de Terminale Scientifique qui ne veulent pas s'orienter vers des activités strictement en liaison avec les sciences de la nature.
C'est donc avec le sentiment que quelque chose de très grave est en train de se produire si nous n'y prenons garde que jécris. Moi-même, en tant qu'économiste, je ne cesse de mesurer ce que ma discipline doit à l'Histoire (pour l'histoire des crises économiques mais aussi des grandes institutions sociales et politiques dans lesquelles l'activité économique est insérée) mais aussi à la Géographie avec son étude des milieux naturels et humains, des phénomènes de densité tant démographique que sociale. Comment peut-on penser la crise actuelle sans la mémoire des crises précédentes ? Comment peut-on penser le développement de l'économie russe hors de tout contexte, comme si ce pays n'avait pas sa spécificité de par son histoire mais aussi de par son territoire ? Nous savons bien que les processus économiques ne sont pas les mêmes dans les capitales, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et dans les régions. On voit donc bien que si l'Économie n'est pas le simple prolongement de l'Histoire et de la Géographie, elle perd toute pertinence à ne pas se nourrir à ces deux disciplines, et ceci sans que cela soit exclusif d'autres (comme l'Anthropologie ou la Sociologie). Et je ne parle pas ici de mes activités de recherches stratégiques, qui, bien entendu, nécessitent l'Histoire et la Géographie.
Il faut donc arrêter cette mesure avant qu'il ne soit trop tard, et pour cela susciter le mouvement de protestation le plus important possible."
25 octobre 2009
Réfugiés ou déserteurs ?
Par Stent le 25 octobre 2009, 19:33 - Actualité
Jean-Dominique Merchet, sur son blog Secret Défense, se fait écho des réactions d'officiers généraux en deuxième section face à la polémique suscitée par l'expulsion hors du territoire français de civils afghans en situation irrégulière. Il convient avant de lire ce qui va suivre de prendre au préalable connaissance de ces déclarations.
Sans rentrer en aucune manière dans la polémique en ce qui concerne la pertinence ou non de l'expulsion de ces personnes, il semble donc important de revenir sur les propos tenus à l'égard de ceux-ci par plusieurs généraux (2S), et ce de la manière la plus apaisée possible. Ceux-ci, en substance, font reproche aux réfugiés afghans d'avoir fui un combat juste pour leur pays en préférant à celui-ci le confort matériel de la société occidentale. Nous nous permettons de manifester notre désaccord sur le fond comme sur la forme quand à ces déclarations. Sur la forme d'abord. Ces propos manifestent certes l'empathie légitime et louable que ressentent ces grands soldats à l'égard de leurs frères d'armes de tous grades engagés dans une lutte difficile en Afghanistan, à laquelle nous nous associerons toujours ici. Cependant, à notre sens ils ne contribuent pas à apaiser le débat; au contraire ils attisent une polémique dont il serait préférable de faire l'économie, puisqu'elle masque les véritables questions que soulève la présence de réfugiés afghans sur le territoire français. Ces questions de fond sont donc également une cause de désaccord. Que l'ensemble des volontés et des énergies soit nécessaire pour accomplir l'objectif d'un Afghanistan en paix et prospère, on ne peut que le souhaiter. Que cet objectif doive en premier lieu être poursuivi avec toute l'énergie possible par les Afghans eux-mêmes, il s'agit là également d'une conviction. Mais que l'on puisse en conclure que tout Afghan ne prenant pas part au combat contre les Talibans est un lâche ou un traître, nous ne l'admettrons pas. Il ne s'agit pas ici de bien-pensance, à laquelle nous ne pensons pas avoir habitué le lectorat de ce blog. Cet avis est au contraire fondé sur un ensemble de raisons qui relèvent à la fois du pragmatisme et de l'éthique, par opposition au jugement moral dont ces déclarations relèvent.
La première de ces raisons est pratique. Quel que soit le conflit, et quel que soit le pays concerné, il est illusoire d'espérer que l'intégralité d'une population soit disposée à faire le sacrifice suprême, et ce quelle que soit la justesse de la cause. Sur ce point aucun pays ne nous semble en mesure de donner des leçons. Une seconde raison d'objecter à un tel jugement est que les personnes concernées ne sont pas des soldats. Cet état de fait à plusieurs conséquences. La première est bien évidemment que des civils ne peuvent être considérés comme des déserteurs, statut qui est celui d'un soldat qui quitte son poste de manière non autorisée. La seconde est liée au droit international, et au statut que celui-ci accorde aux réfugiés de guerre. L'attribution de ce statut n'est fondée que sur la réalité de la menace sur la vie d'un individu qui le revendiquerait, et non sur son aptitude ou non à participer à la lutte en cours dans son pays. Ici il nous semble que le jugement moral ne devrait pas entrer en ligne de compte. Si tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, un lâche a autant le droit au statut de réfugié que le plus courageux des hommes, que cela nous plaise ou non. Mais la dernière, et la plus importante, des raisons pour laquelle nous objectons au jugement porté est éthique. Notre engagement en Afghanistan, dit le général Le Borgne, n'est pas tant lié à notre propre défense qu'à celle du peuple - des peuples - d'Afghanistan. Soit. Mais dans ce cas, dès l'instant où le premier soldat de l'OTAN a posé le pied en Afghanistan, nous nous sommes implicitement engagés à protéger les citoyens de ce pays des menaces qui pèsent sur eux. Que ce conflit engendre des réfugiés de guerre témoigne de notre incapacité jusqu'à présent à remplir cette mission parmi les plus sacrées du soldat, qui est la protection de l'innocent. Cette protection ne peut être que désintéressée, et de ce fait il ne nous appartient pas de juger de l'attitude de ceux que nos soldats protègent au péril de leur vie. Et ce n'est pas en stigmatisant le(s) peuple(s) d'Afghanistan que nous obtiendrons qu'ils soutiennent l'action de la coalition présente en Afghanistan et s'engagent à ses côtés. Au contraire, c'est en faisant preuve d'empathie et de tolérance, et par notre force de conviction - qui ne peut s'appuyer que sur le respect d'une éthique irréprochable - que nous serons en mesure d'emporter l'adhésion. La directive McChrystal ne dit, en réalité, pas autre chose.
En nous engageant en Afghanistan, et quelque puissent être nos arrière-pensées actuelles, nous avons pris un engagement auprès de la population de ce pays. Cet engagement est à sens unique. Si nous voulons que les Afghans où qu'ils soient s'engagent à nos côtés, porter un jugement moral sur leurs décisions que l'on peut imaginer difficiles - quel que soit le confort matériel de nos sociétés, il ne remplace pas la proximité des êtres chers - ne nous semble ni pertinent ni digne de la hauteur de vue que l'on peut exiger d'hommes tels que les généraux ayant pris position. Oui, il faut que les Afghans se battent s'ils veulent construire un pays digne d'eux. Mais dès lors que nous nous sommes engagés en Afghanistan de notre propre initiative, nous avons obligation d'au minimum faire preuve d'empathie à l'égard de ceux chez qui aujourd'hui nous livrons une guerre dont ils sont avant même nos soldats les premiers à pâtir. Il ne s'agit pas de tomber dans une victimisation d'autant plus abjecte qu'elle ne dissimule souvent que la lâcheté de ceux qui tiennent un tel discours, et encore moins d'inciter à l'abandon ou au manque de courage. Mais avant de juger autrui rappelons-nous que, une fois que tout est dit, la grandeur ne réside pas dans la droiture de notre morale mais dans la justesse de nos actes. Que ceux qui n'ont jamais péché jettent les premières pierres. Pour ma part, je crois qu'en la circonstance un peu de retenue ne serait pas de trop.
19 octobre 2009
En recherche active d'emploi
Par Stent le 19 octobre 2009, 17:20 - Général
Si les publications se font moins fréquentes sur ce blog, la raison en est simple : en plus d’une phase intense de travail sur ma thèse, je suis actuellement en recherche active d'un emploi, prioritairement dans le domaine de l’analyse et du conseil en stratégie ou dans le secteur de la sécurité et de la défense.
Ce billet vise à porter cette recherche à la connaissance de ceux qui me lisent depuis maintenant un peu plus d'un an et portent un intérêt fidèle à la réflexion conduite ici.
Je suis ouvert à toute proposition qui serait en cohérence avec mon projet personnel à court / moyen terme : terminer ma thèse de doctorat et construire une expérience professionnelle auprès d'entreprises ou d'institutions au sein desquelles je pourrais mettre en œuvre mes capacités en matière d'analyse et de prospective.
Merci par avance à celles et ceux qui auraient des pistes ou des conseils à offrir, qui voudraient prendre connaissance de mon CV ou, mieux encore, me rencontrer.
Vous pouvez me contacter à l'adresse suivante : stent[at]laplumelesabre[dot]com
29 septembre 2009
Drones : pour une approche systémique
Par Stent le 29 septembre 2009, 18:22 - Technologies
Dans les réflexions sur les structures de force futures, la question de la place et du rôle des drones et systèmes "non habités" (unmanned) occupe désormais une part non négligeable. De nombreux contributeurs (presque exclusivement américains), dans la littérature spécialisée comme sur internet, considèrent ainsi que les UAV (Unmanned Air Vehicles aussi appelés UAS pour Unmanned Aerial Systems, drones aériens) sont susceptibles à plus ou moins court terme de remplacer l'ensemble des aéronefs pilotés pour les missions les plus variées. Les plus extrêmes vont jusqu'à envisager à plus long terme le remplacement total des combattants humains par des machines. Il est évident que ce type de perception contient une part non négligeable de fantasme, sur lesquels on ne s'étendra pas ici. Mais, au delà, le débat sur les drones révèle la confusion qui continue de régner en matière de technologie entre ce qui relève du niveau stratégique et ce qui dépend du niveau tactique. Hors, bien que représentant des outils particulièrement prometteurs, susceptibles d'ouvrir de nouvelles perspectives (notamment en matière d'ISR - Intelligence, Surveillance, Reconnaissance - persistante et de frappe déportée), les drones ne constituent évidemment pas une réponse aux défis stratégiques posés par les conflits contemporains. Plus encore, la manière dont est abordée cette technologie - ou plus exactement cette famille de technologies - encore émergente révèle la persistance d'une approche obsolète des systèmes d'armes, centrée sur les plates-formes.
En effet le débat sur les drones et leurs performances, particulièrement en ce qui concerne les UAV, tout en prétendant dépasser cette approche, en reste en réalité prisonnier. À la fixation sur tel ou tel modèle se substitue bien une logique de "famille" (HALE/MALE, par exemple, ou UAS/UCAS), mais celle-ci n'est que la transposition à l'échelon supérieur de la logique de plate-forme. Tout en affirmant réformer la manière dont sont pensés les armements et/ou les systèmes de force, les promoteurs des systèmes non habités font en réalité preuve d'un manque assez flagrant d'originalité. Car si les performances permises par tel ou tel modèle de drone, qu'il soit terrestre, naval ou aérien, sont bien sûr à considérer et ne sont en aucun cas négligeables, le véritable intérêt d'un drone ne réside pas tant dans ses caractéristiques propres que dans la place qu'il occupe au sein d'un système de forces global. La véritable richesse de l'outil drone est bien la création de synergies entre celui-ci et les forces qu'il est chargé de soutenir. Plus que le domaine aérien sur lequel se concentrent nombre des commentateurs - aidés en cela par les troubles de l'identité que connaît actuellement l'US Air Force - c'est dans le domaine naval que les meilleurs exemples sont à trouver. Équipé de drones, qu'ils soient aériens, de surface ou sous-marins, un navire se transforme de plate-forme en système de combat aux multiples "bras" et "yeux" dispersés dans l'espace, augmentant ainsi sa valeur propre. C'est dans une certaine mesure ce qui était amorcé par les hélicoptères sur les frégates, qui agissaient comme une extension de celle-ci. Mais les drones autorisent, parce qu'ils sont contrôlés depuis le navire, un degré supérieur d'intégration : là où l'hélicoptère une fois quitté le pont de son bâtiment base devenait dans les faits une plate-forme autonome, la nature inanimée du drone reste une extension parfaite de la volonté du navire. Autrement dit, au delà de la performance, l'intérêt du drone réside davantage dans le lien existant entre celui-ci et l'entité le contrôlant que dans ses performances. Dans la conception d'un système combattant, ce sont ces liens qui comptent plus finalement que la performance brute des machines. Prenons cette fois le cas d'un groupe de combat mécanisé. Celui-ci est, de manière native, un système combattant composé d'une entité de commandement (le chef de groupe), d'un véhicule blindé qui joue le rôle de plate-forme "mère" - abri, moyen de transport - tout en étant lui-même un sous-système combattant (pilote, chef de bord, armes, capteurs, etc.), et d'un nombre de combattants (variable selon les armées) qui sont autant d'"yeux" (capteurs) et de "bras" (effecteurs). L'intégration d'un "membre" supplémentaire sous la forme d'un drone crée naturellement des synergies nouvelles et augmente le système de départ : ainsi un micro-UAS de reconnaissance peut éclairer la progression du véhicule du groupe, améliorant la fonction de transport de celui-ci. Dans le même temps, il donne un œil supplémentaire au chef de groupe. Le double lien créé ici (entre le drone et le véhicule, entre le drone et le chef de groupe) crée une synergie nouvelle au sein du système combattant que constitue le groupe. En imaginant l'intégration d'un drone terrestre armé, celui-ci apporterait un bras supplémentaire. La possibilité ultérieure de relier les deux drones génèrerait une synergie supplémentaire (à trois voies : chef de groupe/micro-UAS/UGV armé), démultipliant encore l'action du groupe. C'est donc bien le lien entre volonté humaine et action de la machine qui est déterminant dans le potentiel d'un drone, plus que la performance intrinsèque de la machine.
Ce n'est qu'en abordant les drones non plus comme nœuds d'un réseau dont seraient progressivement évacuées les composantes humaines, mais en fonction des synergies qu'ils permettent de créer - autrement dit en prenant le réseau par ses liens et non ses nœuds - qu'il sera possible de tirer pleinement parti de leur potentiel, tout en offrant aux systèmes habités de nouvelles possibilités de développement. Plus largement, une véritable approche capacitaire moderne doit s'attacher à ne plus considérer seulement les performances individuelles des matériels - habités ou non - et des personnels, mais doit au contraire s'efforcer de penser la capacité du système de manière globale et de s'attacher aux liens de synergie qu'il est possible de créer entre les différents nœuds du réseau ainsi tissé.
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