La Plume et le Sabre

02 janvier 2012

Parution de "Repousser l'horizon. Histoire et perspectives des opérations aéronavales" - Histoire & Stratégie n°09, janvier-mars 2012

Tout en souhaitant aux lecteurs de ce blog une très bonne année 2012, je vous annonce la parution d'un nouveau numéro de la revue Histoire & Stratégie - désormais trimestrielle - consacré à l'histoire et aux perspectives des opérations aéronavales. J'ai rédigé intégralement ce numéro qui s'efforce, toujours sur une centaine de pages et avec plus de 150 photos, de retracer l'évolution des moyens aéronavals et de leur emploi depuis désormais un peu plus d'un siècle. Ce numéro est en kiosque depuis quelques jours, pour trois mois donc.

H&S09Couverture

Editorial

Depuis les origines de l’aviation jusqu’à aujourd’hui, les aéronavales se sont progressivement imposées comme décisives à la maîtrise des mers : aucune marine n’envisagerait de s’en passer. C’est à leur découverte et à celle de leurs opérations qu’est consacré ce nouveau numéro d’Histoire & Stratégie, qui devient désormais trimestriel, afin de laisser la place à deux numéros hors série par an. Au croisement de l’histoire technique, tactique et opérative, l’étude qui suit, rédigée par Benoist Bihan, rédacteur en chef adjoint de cette revue, historien, chercheur en études stratégiques et rédacteur du blog La Plume et le Sabre, entend aborder les opérations aéronavales de manière transversale tout en mettant en lumière le rôle considérable que tient, depuis ses origines, l’aviation sur la conception et la conduite des campagnes et des opérations maritimes. Cette importance, la Seconde Guerre mondiale l’a soulignée à l’envi. Si en effet les noms de Pearl Harbor – dont le mois de décembre 2011 était le soixante-dixième anniversaire – ou de Midway – dont les soixante-dix ans seront fêtés en juin prochain – sont connus et évoquent le triomphe du porte-avions sur le cuirassé, ces engagements ne sont que deux exemples parmi d’autres de l’importance cruciale qu’ont eue les aéronavales dans la victoire alliée : sans aviation navale et maritime, pas de victoire contre les sous-marins allemands dans l’Atlantique, pas de succès pour les débarquements en Europe et dans le Pacifique, pas de ravitaillement de l’URSS par la mer possible et pas non plus de victoire en Méditerranée. De la première action aéronavale offensive – le bombardement d’un navire turc par un hydravion grec lors de la première guerre balkanique en 1913 – jusqu’à la récente guerre de Libye, l’importance des aéronavales ne s’est pas démentie. Aujourd’hui indispensables à la préservation de la liberté de navigation – sur laquelle repose l’immense majorité du commerce international –, et à la projection de puissance et de force, les moyens aéronavals sont pour les États qui en disposent un atout précieux entre tous. Signe de leur importance, de nombreux pays, dont la Chine et l’Inde, développent aujourd’hui leurs aéronavales et cherchent à se doter de porte-avions ou de porte-aéronefs. La conquête de la puissance aéronavale est bien le premier pas de l’accession à la puissance mondiale.

Sommaire

Éditorial

Introduction : Faire reculer l'horizon

Première Partie - L'aube des aéronavales (1900-1939)

Aux origines des aviations navales (1900-1914)
Des vigies dans le ciel
Une aviation de coopération avec la flotte
Attaquer depuis les airs ?

Les débuts des opérations aéronavales (1914-1918)
Premières actions de guerre
La maturation des capacités aéronavales
Vers le porte-avions

Conception des porte-aéronefs - La victoire de la simplicité Les premières exigences : décoller et apponter
Conduire les opérations aériennes
Focus : Les cuirassés porte-avions, l’histoire d’un échec
Le porte-avions après 1945

L’entre-deux-guerres - Évolutions techniques et débats doctrinaux L’effacement aéronaval de la Royal Navy
Rivalité aéronavale dans le Pacifique
Focus : Le déclin des dirigeables
Débats et expérimentations
Les aéronavales des années 1930

Deuxième Partie - Le triomphe du porte-avions (1939-1945)

De la Norvège à la Crète - Atlantique et Méditerranée (1939-1941)
1939-1940, premiers combats pour la Fleet Air Arm (FAA)
1940, la Royal Navy prend l’avantage en Méditerranée
1940-1941 : fermer le gap de la couverture aérienne en Atlantique
1941, Royal Navy contre Luftwaffe en Méditerranée

Le triomphe des puissances aéronavales - Atlantique et Méditerranée (1942-1945)
L’année terrible de la Royal Navy en Méditerranée
L’aéronavale donne la victoire aux Alliés dans l’Atlantique
Les aéronavales dans la libération de l’Europe

L’aviation maritime - Cruciale et oubliée
Missions et organisation des aviations maritimes jusqu’à la Seconde Guerre mondiale
L’aviation maritime au combat, 1939-1945
Après 1945

De Pearl Harbor à Midway - Opérations aéronavales dans le Pacifique (1941-1942)
Le Kido Butai en fer de lance de l’offensive japonaise (décembre 1941-avril 1942)
Les porte-avions américains enrayent l’offensive japonaise (avril-mai 1942)
Victoire aéronavale américaine à Midway (4-6 juin 1942)

Le long chemin de Tokyo - Opérations aéronavales dans le Pacfique (1942-1945)
Guadalcanal, la campagne pour les Salomon et la ruine de l’aéronavale japonaise
Raids et reconquête : l’aéronavale américaine à l’assaut du Pacifique
Du « tir au pigeon » des Mariannes à la baie de Tokyo

Troisième Partie - Les aéronavales depuis 1945

Les opérations aéronavales depuis 1945
L’atome et le jet : interrogations doctrinales et évolutions technologiques
Focus : Entre supercarriers et Sea Control Ships, l’évolution des porte-avions américains depuis 1945
La prolifération des capacités aéronavales
Focus : Les porte-avions français après 1945
Plus de soixante ans d’opérations aéronavales
Focus : La guerre des Malouines, le chant du cygne de la Fleet Air Arm

L’évolution des groupes aériens embarqués - L’exemple américain depuis 1941
1941-1945 : équilibrer l’attaque et la défense
1945-1965 : spécialisation des appareils et nouvelles missions
1965-2011 : l’ère des supercarriers et la lente érosion capacitaire de l’après-guerre froide

L’affrontement aéronaval qui n’a jamais eu lieu - US Navy contre flotte soviétique dans les années 1980
Le scénario d’une troisième bataille de l’Atlantique
Un scénario réaliste ?

Conduire les opérations aéronavales - Emploi tactique et opératif des moyens aéronavals
L’emploi tactique des moyens aéronavals
L’emploi opératif des groupes aéronavals

L’avenir des aéronavales - Perspectives et prospective
Des navires de combat de surface aux capacités aéronavales renforcées
Le porte-avions de demain et son groupe aérien
L’aviation maritime

Bibliographie indicative

03 décembre 2011

Journée d'étude "Nouvelle histoire campagne" le 8 décembre 2011 à l'École militaire

Le 8 décembre 2011 aura lieu à l’École militaire (dans l'amphithéâtre de la DICOD) une journée d'études autour d'un concept central et souvent négligé par les historiens - qui se concentrent sur l'événement qu'est la bataille - de la pratique de la guerre : la campagne. J'aurai le plaisir d'y proposer une communication consacrée à la distinction entre les notions de campagne, d'opération et d'engagement (combat), notions qui se rattachent à des disciplines différentes de la science et de l'art de la guerre et sont pourtant trop fréquemment confondues Ci-dessous, vous trouverez le programme de cette journée d'étude qui promet d'être passionnante. Le même jour, mais de 19h à 21h, ne manquez pas le prochain Café stratégique d'AGS, qui reçoit ce mois-ci le colonel Michel Goya.

L'attention des historiens du fait guerrier s'est longtemps focalisée sur l'intensité dramatique de la bataille, au point de justifier le rejet d'une histoire bataille jugée trop événementielle. Mais c'est également de la bataille qu'est né le renouveau historiographique illustré par les travaux de John Keegan (The Face of Battle) ou de Georges Duby (Le Dimanche de Bouvines).
C'est pour en rendre compte que le Centre d'Études d'Histoire de la Défense avait créé la commission « Nouvelle Histoire Bataille ». Afin de prolonger cet héritage, le domaine « Histoire de la Défense et de l'armement » de l'IRSEM souhaite en proposer de nouveaux développements, en inaugurant un cycle de journées d'études consacrées à la définition d'une nouvelle « histoire campagne ».
L'étude de la guerre à l'échelle de la campagne se donne pour objectif d'élargir la perception des enjeux des batailles en en étudiant l'amont et l'aval. Mais il s'agit également de promouvoir une échelle d'analyse qui permette de prendre en compte des réalités souvent occultée par la concentration sur la bataille (la logistique, l'attrition, l'articulation avec le politique, etc.) et de mieux saisir l'articulation entre les niveaux stratégique, opératif et tactique. Enfin, l'échelle de la campagne permet d'étudier la guerre dans des contextes où le paradigme de la bataille n'est pas pertinent (les guerres asymétriques, par exemple).
Cette première journée d'études sera consacrée à un effort de définition, qui servira de base aux développements ultérieurs du programme.

Programme

Matin, 9 h - 12 h
« Propositions pour une histoire campagne » par Hervé Drévillon, professeur à l'université Paris I, directeur du domaine « Histoire de la défense et de l'armement » à l'IRSEM
« Campagne militaire terrestre et trinité clausewitzienne - L'exemple afghan » par le colonel (Terre) Benoît Durieux, ancien chef de corps du 2e REI
« Opération navale ou campagne maritime - Quelle pertinence au XXIe siècle ? » par le vice-amiral Bruno Paulmier, président de la commission permanente des programmes et des essais des bâtiments de la flotte
« La campagne aérienne - Une tentative originale de penser et modeler l'ennemi » par le colonel (Air) Jean-Christophe Noël, responsable du programme « Pensée stratégique et nouveaux concepts » à l'IRSEM

Après-midi, 13 h 30 - 16 h 30
« La campagne, un acte stratégique - Architecture d'une campagne, et distinction entre campagnes, opérations et engagements » par Benoist Bihan, doctorant en histoire à l'université Paris I / Panthéon-Sorbonne
« La place de l'étude des campagnes dans une nouvelle histoire des guerres napoléoniennes - Dépasser l'historiographie des XIXe et XXe siècles » par Patrick Bouhet, attaché principal du ministère de la Défense
« La conquête coloniale à travers la problématique de l'organisation des colonnes - L'exemple des campagnes soudanaises » par Julie d'Andurain, chargée de cours à Paris IV et adjointe au bureau « Recherche » du CDEF
« 'L'histoire-campagne' et les interactions entre les fronts, ou le chaînon manquant - L'exemple de la Grande Guerre » par lieutenant-colonel Rémy Porte, chef du bureau « Recherche » du CDEF

Inscription (obligatoire) : inscription.irsem@defense.gouv.fr
Informations : laurent.henninger@defense.gouv.fr

18 novembre 2011

Les engagements stratégiques français : nouveaux regards – Journée d’étude de l’IRSEM le 24 novembre 2011

L’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) organise le 24 novembre 2011, en amphithéâtre Desvallières à l’École militaire, de 09h00 à 18h00, une journée d’étude ouverte au public sur l’actualisation du Livre blanc, avec pour enjeu de proposer des "Éléments de réflexion pour l’actualisation du livre blanc sur la défense et de la sécurité nationale". J'y présenterai pour ma part une communication dans la dernière table ronde.
En voici le synopsis rédigé par l'IRSEM :
"Depuis 2008, la multiplication des tensions régionales et des crises économiques ont amené de nombreux changements dans le contexte géostratégique. L’arc de crise défini par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, qui va de l’Atlantique à l’océan Indien a été confirmé, notamment avec le maintien des zones de crises et surtout avec les révoltes dans le monde arabe. Ces derniers évènements ont néanmoins laissé entrevoir de nouveaux enjeux, de nouveaux défis à traiter, pour notre stratégie, pour nos forces armées. A l’heure où la France entame une réflexion sur l’actualisation de son Livre blanc, l’IRSEM sollicite des regards neufs, ceux des jeunes chercheurs rattachés à l’institut sur les questions de défense et de sécurité, pour contribuer à cet effort. Menant depuis plusieurs années des travaux précurseurs sur des questions clefs, ces experts, pour la plupart jeunes docteurs ou doctorants, ont déjà proposé et publié des hypothèses que l’actualité a depuis vérifiées. Le 24 novembre 2011 à l’École militaire, seront ainsi abordés, avec eux, les ambitions et les engagements stratégiques de la France face aux enjeux internationaux contemporains, au regard de ses capacités opérationnelles."
Le programme est disponible en cliquant sur ce lien. L’accès à l’école militaire étant réglementé, il est nécessaire de s’inscrire au préalable.
Inscription :
Écrire à inscription.irsem@defense.gouv.fr en précisant vos titre, grade, fonction, organisme, nom et prénom.
Renseignements :
Diane de Laubadère 01 44 42 52 87 – Guillaume Pichard : 01 44 42 53 93

16 novembre 2011

Les "mutins" de la Première Guerre mondiale, morts eux aussi pour la France

C'est Jean-Dominique Merchet qui le signale sur son blog "Secret Défense" : dans le discours du 11 novembre du Président de la République Nicolas Sarkozy, les "mutins" de la Première Guerre mondiale - et pas uniquement de 1917 : il y a en réalité eu davantage de fusillés en 1914-1915 - sont considérés comme des héros français, au même titre que les autres combattants de cette guerre qui marque, à plus d'un titre, un tournant dans l'histoire de France. L'extrait du discours présidentiel vaut la peine d'être relayé ici : "Tous furent des héros, même ceux qui, après avoir affronté avec un courage inouï, les plus terribles épreuves, refusèrent un jour d’avancer parce qu’ils n’en pouvaient plus." Un propos fort, que l'on ne peut que partager, tant il est vrai que même au plus fort des "mutineries" jamais les unités concernées n'ont cessé de tenir le front, prêtes à repousser toute offensive allemande. Simplement, elles n'en pouvaient plus des attaques suicidaires.
Comme l'ont montré les historiens - et j'en profite pour recommander en particulier l'ouvrage d'André Bach, Fusillés pour l'exemple, 1914-1915 - les "mutineries" de 1917 ressemblent en réalité davantage à des grèves qu'à des mutineries au sens classique du terme (ce qui explique les guillemets que j'emploie ici). Ce qui amène une réflexion intéressante, et particulièrement pertinente dans un contexte où le métier de soldat tend à devenir un métier parmi d'autres, dans une société qui considère moins qu'autrefois que le soldat bénéficie d'un statut particulier : comment gérer les mouvements sociaux dans un corps militaire ? La discipline, certes, est la première force des armées, mais comme dans le civil, ce n'est pas parce que l'employé (le soldat) a des revendications sociales qu'il cesse de faire son métier (en l'occurrence de protéger la Nation) pour autant. J'ajoute qu'une armée professionnelle n'a nécessairement pas les même manières de traiter ces questions qu'une armée de conscription où la discipline prend une place différente. Aujourd'hui, toutefois, le soldat n'est plus un mercenaire d'Ancien régime. Comme le conscrit, il est d'abord et avant tout un citoyen. Dès lors, et sans parler de syndicalisme et de droit de grève, la question mérite, sans doute, d'être posée.

21 octobre 2011

Interview radio : États sans armée

J'ai récemment été interviewé sur France Culture sur ce sujet original : les États qui n'ont pas d'armée. Il s'agissait d'un contrepoint à l'émission "Du Grain à moudre" du 18 octobre dernier.

Logo-France-Culture

Cette interview peut être écoutée en podcast sur le site de l'émission.

12 octobre 2011

Stent's Strategic Chronicles - Episode 1 : A Few Thoughts on the Future of Land Power

Cross-posté sur le site de l'Alliance Géostratégique, voici un billet en anglais, premier d'une chronique que je tiendrai régulièrement.

On October 3rd, the Center for a New American Security, which some refer to as "the Obama administration's favorite think tank", published a quite interesting study on defense reform options for the U.S. in light of soon-to-come budget reductions. The report, called “Hard Choices: Responsible Defense in an Age of Austerity” is interesting because it puts forward four different force structure options for the U.S. armed forces, depending on the extent of the cuts to the Pentagon budget.

CNAS_Report_HardChoices
Beyonf the specifics of the report, what is interesting is to see that the study basically suggest to emphasize aerospace and sea power, at the extent of land power. In other words, while the U.S. Air Force and Navy are if not unscathed, at least preserved by the force structure scenarios, the U.S. Army and Marine Corps are to be put back to their pre-9/11 strength, if not reduced even more. Conventional ground capabilities, especially, are to be considerably reduced, and most of the U.S. still massive armor and artillery arsenal would be put in the hands of reservists, active forces retaining only lighter forces.
The fact that such a study can be produced by what used to be the go-to place for counter-insurgency advocacy – a doctrine which is, even under the best circumstances, manpower-intensive and excessively reliant on land power – is a testimony of how the U.S. defense policy has changed since the end of the Bush presidency, with its emphasis on extensive COIN campaigns in Afghanistan and Iraq.
More profoundly however, it's also a sign that land power has few advocates in the so-called western world right now. In fact, air and sea power seems once more to be the strategic tool of choice when it comes to foreign intervention, as the recent war in Libya demonstrated. This is especially true when it comes to the United States, in which most defense specialists now argue that Asia and the Pacific are the most likely hot spots in the next decades.
In this context, as in the 1990s, there seems not to be a lot of reasons to retain large ground forces, except for special forces and a few conventional units for strategic raid-type missions. As it seems, and as even COIN seems to suggest, the future of land armies is constabulary missions.
Or is it ? Time and again since the beginning of the 20th century, theoreticians have argued that land power was obsolete for war and only useful for international police and constabulary duties. Time and again, they have been proved dramatically wrong. From Douhet to nuclear war theorists to current U.S. defense analysts, the virtue of land power was only to occupy ground: the function of destroying the enemy being much more efficiently carried out by ships – when they are aircraft carrying or cruise-missile equipped platforms – and airplanes.
Land forces, however, are not so much about destroying enemy forces and occupying ground than they are about closing with and shaping the enemy system in such ways that air or missile strikes can't. Put simply, land forces can shape and dislocate the enemy, infuse him with an effect of shock and yes, when necessary, rip him of his sovereignty over his own territory by physically undermining the enemy's political authority and legitimacy. Put another way, land forces can outmaneuver the enemy system, put it into shock and dislocate him. Naval and aerospace forces, on the other hand, can only strike elements of the system.
If the system is simple and fragile enough, like a terrorist cell for example, quick and precise strikes, be they bombs and missiles or special forces “direct action” missions, are enough. If however the enemy as at his disposal a political and social apparatus, and is in effect a complex system, strikes are not enough. In 2006, despite extremely effective airstrikes over Lebanon, Israeli forces learned this lesson the hard way. They had to reluctantly commit ground forces to the fight, and since these forces had lost their edge in conventional combat, their performance was far less than could be reasonably expected from what used to be the Middle East best armed forces.
Since then, the Israelis have once again put an emphasis on strong conventional fighting capabilities, recognizing that tactics are neither regular or irregular: once one is in a firefight, it is fire and maneuver that carry the day. Having heavy armor then and lots of firepower, especially direct fire, certainly doesn't hurt.
What is sure however is that the commitment of ground forces is going to be, more than ever, a last resort option: with COIN operations coming under increasingly harsh review, justifiably so since they are no more than post-colonial police operations with bigger guns, and full-scale conventional war, even for limited objectives, being a sure way to pile up casualties, U.S. and European governments are likely to prefer air, naval and special forces for future contingencies.
Until, that is, they cannot do anything else but commit conventional ground forces to the fight. War, after all, has a nasty habit of forcing one to implement last resort measures, especially when one doesn't want to. For the next centuries or so, massive ground forces will have to remain available. No one, however, is saying that they must be professional active forces: conscript or reserve forces will be more than enough, since they would both increase the threshold of their commitment in limited contingency operations and be sure to be committed anyway if the stakes are high enough. The question thus is not so much whether or not ground forces are necessary. They are and will always be. The question is more whether or not massive, professional ground forces are the way to go. The answer to this question is probably a qualified “no”. A small professional cadre, and mobilization plans, could come back to haunt 21st century planners like they have for the past two centuries. While apparently archaic, selective mobilization might indeed be the way to the future when it comes to land power.

Illustraton : couverture du rapport "Hard Choices", Center for a New American Security

26 septembre 2011

Défense antimissiles balistiques en France

La possibilité de développer une défense antimissiles balistiques en France agite depuis quelque temps les cercles de défense. Si la défense antimissiles dite "de théâtre", extension de la défense aérienne, est pertinente, ce n'est pas le cas de celle dite "de territoire" que l'on parle aujourd'hui de développer.
Avec Joseph Henrotin, nous avons coécrit une tribune parue aujourd'hui sur le site d'informations en ligne Atlantico.fr afin d'éclairer le sujet. Vous pouvez la consulter en cliquant sur ce lien. N'hésitez pas à poster vos commentaires ici même, et bonne lecture !

23 août 2011

Libye : Kadhafi a perdu, (qu')avons-nous gagné ?

L'actualité, en l'occurrence l'accélération du conflit libyen, m'incite à suspendre brièvement la pause que j'avais annoncé, le temps d'un billet de réaction "à chaud" à cet événement.
Fall_of_Ghadafi_Daily_Star_Lebanon
Kadhafi semble bien, aujourd'hui, avoir perdu la guerre en Libye, alors que Tripoli apparaît sur le point de tomber entièrement aux mains des divers groupes de rebelles libyens. Après cinq mois d'opérations dont la lisibilité n'a jamais été aussi simple que d'aucuns peuvent le prétendre, les "rebelles" libyens et les pays participant à l'opération Unified Protector (Opération Harmattan pour la composante française) qui les appuient apparaissent remporter la victoire dans la campagne stratégique destinée à renverser Kadhafi et à abattre son régime. La combinaison d'une amélioration des compétences tactiques des rebelles, non seulement en raison de la probable présence de conseillers militaires de plusieurs nations belligérantes, mais aussi de plusieurs semaines d'opérations de combat - qui demeurent la meilleure école du soldat - et de l'effritement progressif des appuis de Kadhafi, sans doute là encore du fait de la combinaison de l'usure morale liée aux opérations et d'une diplomatie de terrain (non seulement des rebelles mais peut-être surtout de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Italie, des États-Unis), s'est avérée efficace. Plus importante encore, la cohésion des rebelles semble s'être renforcée avec le temps, donnant à ceux-ci la solidité politique nécessaire pour apparaître aux yeux des indécis comme une alternative crédible au régime du colonel Kadhafi. Ce dernier, dont les soutiens internationaux se sont effacés rapidement, privé progressivement de ses soutiens intérieurs, est aujourd'hui dans une position très précaire. Si l'apparition aujourd'hui de son fils Saïf al-Islam, libre, et l'évasion du frère de se dernier Mohammed hier alors que tous deux avaient été selon les rebelles capturés, incite néanmoins à la prudence, et les combats pour Tripoli pourraient durer, et leur cours - pourquoi pas - s'inverser provisoirement, ce qui ne serait pas la première fois depuis le début de la guerre civile libyenne. Les éléments à disposition soulignent cependant la défaite prochaine de Kadhafi, sans qu’il soit pour l’heure possible d’être catégorique, la question principale qui demeure étant « quand ? ».
Dans une guerre civile néanmoins, le renversement du régime n'est bien souvent que la première phase de l'affrontement. Kadhafi, dont la position est pour l'heure inconnue, dispose encore de plusieurs bastions en dehors de Tripoli, Syrte et Sebha en particulier. L'attitude de ces bastions dans les jours à venir va être importante à observer. Leur reddition rapide, ou au contraire leur résistance, permettra de mesurer l'existence ou non d'enjeux dépassant la personne, la famille et le régime de Kadhafi. S'il faut les réduire, la manière dont se passera cette réduction sera à son tour un indicateur important sur l'attitude des rebelles après leur victoire. Au-delà, c'est bien sûr l'évolution et la pérennité de la structure politique mise en place par les rebelles - en particulier, mais pas seulement, le "Conseil National de Transition" - qu'il va s'agir d'observer, la question étant de savoir si l'alliance des forces opposées à Kadhafi pourra se maintenir et, à défaut, évoluer dans une direction d'affrontement politique non violent.
Or la défaite désormais probable de Kadhafi, tout en retirant au moins en partie le besoin pour les différentes forces politiques en présence en Libye de s'unir, réduira également dans des proportions similaires le degré d'influence que les pays tiers engagés en Libye, particulièrement les pays européens et les États-Unis, seront en mesure d'exercer. L'appui militaire apporté par Unified Protector constitue en effet un atout diplomatique de poids pour la France, la Grande-Bretagne et les autres pays engagés. La question se pose donc de savoir ce que la défaite de Kadhafi et la victoire des rebelles signifiera en ce qui concerne la France, et plus largement les pays engagés dans l'opération Unified Protector. Victoire militaire partagée, victoire morale certaine, la chute de Kadhafi sera-t-elle un succès stratégique ? La question est aujourd'hui ouverte, et sa réponse nous échappe désormais largement. S'il serait malvenu de s'aventurer plus avant dans un pays dans lequel les équilibres politiques figés depuis 1969 doivent désormais se recréer, il est peu probable que nombre de pays tiers - pays de la péninsule arabo-persique, Égypte, Tunisie, Turquie, Nigeria, Afrique du Sud, autrement dit tous les pays qui, par des biais divers, soutenaient l'un ou l'autre des camps belligérants - aient des scrupules à étendre leur influence, et donc à favoriser en Libye comme ailleurs une radicalisation des postures des diverses factions représentées chez les rebelles. La chute de Kadhafi ne résout donc pas la question libyenne, et l'après-guerre pourrait être plus complexe et dangereux à long terme que la paix. Ceci dit, un scénario opposé est également possible : une restructuration rapide du paysage politique autour d'une "union nationale" modernisatrice - ce qui ne veut pas nécessairement dire démocratique et libérale - pourrait aussi être une voie d'avenir, les ressources en hydrocarbure dotant la Libye d'un fort potentiel de développement économique et social, tout en en faisant un pays courtisé (et convoité). La situation est donc, pour l'heure, très incertaine.
Le fait que la défaite de Kadhafi ne puisse pas être considérée per se comme une victoire, tant elle soulève davantage de questions qu'elle n'apporte de réponses, témoigne en tout état de cause de la légèreté manifestée par les gouvernements ayant poussé à l'intervention. Alors que les Américains, prudemment restés en retrait, sont parvenus à tirer le meilleur de la situation, Obama ayant réussi son pari politique de rester en retrait tandis que le Pentagone présente l'apport de ses moyens comme décisif, non sans raison d'ailleurs, il n'est pas possible d'en dire autant des pays européens. Commencée sans que sa pertinence n'ait été discutée au-delà du discours humanitariste de la "responsabilité de protéger", terme que la situation syrienne rend aujourd'hui bien creux, la guerre en Libye n'a pas davantage fait l'objet d'une réflexion préalable sur l'après-Kadhafi. Enfin et peut-être même surtout, elle met en lumière avec cruauté le délabrement d'un outil militaire qui, s'il remplit ses missions en apparence, est d'une part incapable d'agir dans la durée sans appui significatif des États-Unis - dont le rôle a été essentiel tant pour la phase initiale de frappes que pour assurer le soutien en ravitailleurs et infrastructures dans la durée - et d'autre part montre des signes de fatigue dès qu'il engage ses moyens pendant plus de trois mois dans des opérations de faible à moyenne intensité. Contre un ennemi aux capacités moins obsolètes et mal employées que les forces loyales à Kadhafi, par ailleurs largement affaiblies par la rébellion, le résultat ne serait sans doute pas brillant.
Faire preuve d'une meilleure aptitude à déterminer les objectifs stratégiques poursuivis dans le temps - et non pas le simple but stratégique immédiat -, inverser la courbe de dégradation de notre outil militaire : c'est sur ces deux points qu'il faut désormais agir pour que, du succès immédiat et ponctuel que représente la chute du colonel Kadhafi, émerge un véritable succès stratégique pour la France. Dans l'euphorie de la victoire, c'est avec froideur qu'il faut considérer non le chemin accompli, mais celui qu'il faudra, demain, parcourir.

Illustration : "La chute de Kadhafi est proche" ("The fall of Gadhafi is near"), caricature du Daily Star, journal libanais, le 22 août 2011.

14 août 2011

Blog en pause jusqu'au 15 septembre

Ayant actuellement plusieurs projets d'écriture à conduire, dont j'aurai l'occasion de reparler cet automne, je mets ce blog en pause jusqu'à la mi-septembre. Bonne fin de vacances pour ceux qui y sont, bonne rentrée à tous, et à très vite.

01 août 2011

Parution de "De la mer à la terre. Histoire et perspectives des opérations amphibies" - Histoire & Stratégie n°07, août-septembre 2011

Entamant sa deuxième année d'existence, la revue Histoire & Stratégie consacre son septième numéro à l'histoire et aux perspectives des opérations amphibies, numéro que j'ai eu le plaisir de co-écrire avec Guillaume Lasconjarias.
Voici la couverture, suivie de l'éditorial et du sommaire de ce numéro, qui comme à l'habitude avec près de 100 pages (350 000 signes), plus de 150 photos et cinq pages de cartographie est un véritable petit ouvrage. Ce numéro de Histoire & Stratégie devrait être disponible en kiosque début août.

H&S07Couverture

Editorial

C’est avec une étude transversale consacrée aux opérations amphibies qu’Histoire & Stratégie entame, avec ce septième numéro, sa deuxième année d’existence. C’est à la découverte de plus de deux millénaires d’histoire militaire que ­Benoist ­Bihan, historien, chercheur en stratégie et rédacteur du blog La Plume et le Sabre, et ­Guillaume ­Lasconjarias, historien, chargé d’études à l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) et officier de réserve, nous emmènent dans les pages qui suivent, sous l’angle particulier de ces opérations conduites par la mer pour aller frapper l’ennemi sur ses propres côtes. Au-delà du détail des opérations, dont les plus remarquables sont retracées, c’est à une approche thématique que ce numéro invite, en se plaçant comme à l’habitude à la jonction entre l’histoire militaire et la réflexion stratégique. Des rives de Marathon, en 490 avant notre ère, aux opérations amphibies que l’avenir ne manquera pas de nécessiter, en passant par les plus grands assauts amphibies de l’histoire – la Sicile, la Normandie, les Mariannes, Iwo Jima, Inchon ou les Malouines –, il s’agit de décrypter comment et pourquoi marins et soldats se sont lancés dans ces actions complexes à planifier, risquées à conduire et soumises à la fois aux aléas des opérations aéronavales et à ceux des opérations aéroterrestres. Mais il est aussi question de mettre en lumière des opérations moins connues, dont l’étude est souvent inédite en français. Qui, aujourd’hui, connaît en effet les très nombreux débarquements entrepris par l’Union contre le Sud rebelle pendant la guerre de Sécession (1861-1865) ? Qui a gardé la mémoire, dans ou en dehors des armées, des actions combinées franco-britanniques non seulement à Suez, en 1956, mais presque exactement un siècle plus tôt pendant la guerre de Crimée (1854-1856), à Sébastopol et Taganrog sur la mer Noire, mais aussi à Vladivostok sur les rives du Pacifique, et en Baltique ? Qui, enfin, sait que l’opération amphibie la plus réussie de la Première Guerre mondiale a été celle conduite par les Allemands en Baltique à l’automne 1917 et qui saurait retracer le détail des opérations amphibies audacieuses conduites par les Japonais entre 1937 – en Chine – et 1942 ? Loin des clichés cinématographiques, mais sans oublier la forte portée symbolique revêtue par ces moments de grande intensité dramatique que sont les opérations amphibies, Histoire & Stratégie n°07 – Deux millénaires d’opérations amphibies constitue ainsi la première synthèse en français de cette composante si particulière des opérations militaires que sont les actions amphibies. Une bonne manière d’aborder une deuxième année d’Histoire & Stratégie.
Sommaire

Éditorial

Introduction : De la mer à la terre

Première Partie - Les glorieuses origines

Aux origines des opérations amphibies
L’amphibie antique
Le Moyen Âge : d’Hastings aux croisades
Généalogie de l’amphibie moderne : l’expérience britannique au Siècle des lumières
Focus : Marathon, 490 av. J. C. : un débarquement repoussé

Planifier une opération amphibie
Une planification en plusieurs phases
L’importance vitale de la logistique
Focus : Anzio, « un garçonnet ne peut faire le boulot d’un adulte ! »

Débarquements à l’ère de la vapeur - Les opérations amphibies de 1792 à 1918 Révolution et Empire : la fin des « descentes » anglaises
Des conquêtes coloniales à la guerre russo-japonaise
La Grande Guerre amphibie
Cartographie : Gallipoli 1915 : la matrice des opérations amphibies modernes

Deuxième Partie - L'âge d'or

La naissance de l’assaut amphibie moderne - L’entre-deux-guerres, 1918-1936
L’approche expéditionnaire, obstacle à l’amphibie
Le Pacifique central, creuset de l’assaut amphibie moderne
L’assaut amphibie comme concept dimensionnant
Focus : Pete Ellis, prophète de la guerre amphibie

Entre polyvalence et hyperspécialisation - Perspectives sur les équipements et les matériels amphibies
Les matériels anciens : une polyvalence de fait
Vers des moyens spécifiques
Focus : Le renouveau du cheval de Troie ? L’expérience du SS River Clyde à Gallipoli en 1915
De la spécialisation triomphante au retour de la polyvalence
Focus : L’Amtrac ou la lente affirmation d’un concept

Une guerre amphibie - La Seconde Guerre mondiale, 1936-1945
L’Axe en pointe sur l’amphibie (1937-1940)
Focus : Uchronie : l’amphibie au service d’une France qui aurait continué la guerre…
Les lacunes de l’impréparation
Cartographie : Opération 'Husky'', Sicile 1943 : le début de la reconquête de l'Europe
Europe et Méditerranée : la libération par la mer
Cartographie : La libération des Mariannes, 1944: les opérations amphibies à maturité
La reconquête sanglante du Pacifique
Focus : Opérations amphibies sur l’Ostfront
Repousser l’ennemi - Se défendre contre une attaque amphibie
Essai de typologie des principales défenses amphibies
Frapper en amont ? L’exemple de l’Invincible Armada (1588)
La défense linéaire des côtes, un schéma classique
Focus : La défense japonaise aux Philippines
Défense mobile et défense dans la profondeur

Troisième Partie - De l'âge nucléaire au XXIe siècle

L’amphibie à l’âge nucléaire
Inchon (septembre 1950), ou la justification de l’amphibie
Suez (1956) ou le succès tactique éloigné des objectifs politiques
Focus : L’évidence de l’aéromobilité
« Un conflit entre deux patriotismes exacerbés à l’autre bout du monde » : les Malouines (1982)
Focus : Malouines ou Falkland ?
Cartographie : Opération Corporate, Malouines 1982 : opération amphibie aux confins de l'Atlantique sud

Opérations fluviales, l’amphibie au coeur des terres
Les fleuves, prolongation naturelle de l’interface mer-terre ?
L’Indochine, ère de gloire de la marine fluviale ?
Focus : Au Soudan, une guerre fluviale contre le Mahdi

De l’Operational Maneuver From The Sea aux opérations d’interface - Analyse et prospective sur les opérations amphibies
De la Maneuver Warfare à l’Operational Maneuver From The Sea
Les conditions des opérations littorales futures
Percer les défenses littorales, protéger la force : un double défi
De l’assaut amphibie à la manoeuvre littorale

Bibliographie indicative

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