La Plume et le Sabre

26 novembre 2012

Rattrapage technologique : vers des scénarios à la japonaise ?

Trois ans après sa parution dans DSI n°53, en novembre 2009, je reproduis une chronique dont l'actualité récente incite à dire que celle-ci n'a pas fondamentalement vieillie : le 23 novembre dernier, la Chine a effectué les premiers appontages et décollages depuis son premier porte-avions, le Liaoning, poursuivant sa montée en puissance dans ce domaine. Parallèlement, le pays est aujourd'hui le seul à développer en parallèle deux programmes d'avions de combat furtifs, les J-20 et J-31. Au-delà des matériels eux-même et de leurs performances estimées, mais aussi au-delà du certes emblématique exemple chinois, force est de constater que le rattrapage technologique et la diffusion de technologies avancées qui accompagne ce phénomène se poursuivent et s'amplifient un peu partout, y compris par la diffusion de moyens avancés vers des organisations non-étatiques. Faire reposer, comme le font la majeure partie des forces armées des nations dites occidentales, l'ensemble de leur supériorité militaire sur la technologie est donc bien une illusion dangereuse, surtout lorsqu'elle conduit, comme aujourd'hui en France, à une véritable atrophie de la réflexion en matière tant de stratégie que d'art militaire."

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Le 14 juillet 1853, quatre navires de l'US Navy entrent en baie d'Edo (aujourd'hui Tokyo). Le commodore Matthew C. Perry, qui commande l'escadre, a reçu pour mission de conduire le Bakufu(ce mot, qui signifie littéralement « gouvernement de la tente », désigne le gouvernement shôgunal) à signer un accord commercial. Devant l'échec des négociations, Perry décide d’une démonstration de force et fait tirer ses navires sur le port d'Edo. Presque entièrement fermé au monde depuis 1635, le Japon ne dispose d'aucun moyen de défense côtière moderne, pas plus que d'une marine. Face à l'armement des bâtiments américains, les défenseurs d'Edo ne disposent que de canons vieux de deux siècles, voire de canons en bois, et ne peuvent répliquer.
Quand, après avoir laissé un an aux Japonais pour accepter sa proposition, Perry revient en février 1854 à la tête d'une escadre deux fois plus imposante, les autorités shôgunales n'ont d'autre choix que de céder aux exigences américaines. Mais c'est un gouvernement moribond qui ratifie la convention de Kanagawa. Elle marque le début de l'ouverture du Japon à la modernité. Le choc de l'arrivée des « bateaux noirs » américains, et l'humiliation provoquée par le bombardement d'Edo, précipitent une évolution politique jusqu'ici figée par les shôguns Tokugawa. En 1868, à l'issue d'une guerre civile, la restauration Meiji met définitivement fin au shôgunat, rétablit l'autorité politique de l'empereur et fonde le Japon moderne. À l'opposé de la politique autarcique menée par les Tokugawa, l'empereur Meiji lance son pays dans une politique de modernisation accélérée, qui transforme en moins d'un demi-siècle le Japon – pays médiéval – en une grande puissance moderne.

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Du point de vue militaire, là où en 1853 le Japon ne disposait d'aucune arme moderne, l'armée et la marine impériales japonaises sont au tournant du XXe siècle parmi les plus modernes au monde. Cette remarquable modernisation – moins de 35 ans entre la restauration Meiji et la bataille de Tsushima – va permettre au Japon de remporter, d'abord contre la Chine en 1894-1895, puis surtout contre la Russie en 1904-1905, deux guerres qui vont le hisser au niveau des grandes puissances européennes. La flotte qui remporte en 1905 la bataille de Tsushima est aussi moderne que son adversaire russe. Trente-six ans plus tard, en 1941, l'aéronavale japonaise est la meilleure du monde et la marine impériale dispose même sur sa rivale américaine d'un léger avantage technologique dans des domaines comme les torpilles ou le combat de nuit. Si cet avantage va disparaître en 1943 face à l'effort de guerre américain, le rattrapage technologique réussi par les Japonais est remarquable.
Il s’avère d'autant plus remarquable qu'il est à l'époque unique en son genre. La majeure partie des pays du monde sont alors sous la domination coloniale des puissances européennes, ou comme la Chine sous leur influence, et sont donc incapables de mettre en œuvre une politique concertée de rattrapage technologique des puissances occidentales. Au-delà des spécificités socioculturelles du Japon, c'est bien en réussissant à échapper à la colonisation et en refusant de se soumettre à l'influence étrangère que ce pays a réussi à rattraper en si peu de temps l'Europe et les États-Unis. Bénéficiant depuis les Tokugawa d'un État central fort – dont l'empereur Meiji saura se servir – le Japon pourra rapidement mettre en œuvre son rattrapage technologique, mettant ainsi en évidence ce qui apparaît comme la donnée essentielle dans la conduite d'un tel processus : la volonté politique.
Aujourd'hui, de nombreux États semblent avoir une telle volonté, et entendent prendre rang avec les États-Unis, le Japon et les grands pays européens dans le concert des grandes puissances mondiales. Au plan militaire, cette détermination à faire sinon jeu égal, du moins à soutenir la comparaison avec les puissances dites occidentales, pousse de plus en plus d'États à emprunter le même chemin que le Japon. S’il est parfois jugé pertinent de douter de la crédibilité des outils militaires chinois ou indien, en réaction peut-être à l'exagération de la menace soviétique dans les années 1970-1980, ces puissances – et à leur suite d'autres comme le Brésil, l'Iran, la Corée du Sud entre autres – pourraient bien en réalité rééditer la performance japonaise. En effet, sauf à considérer des États non-occidentaux comme incapables d'atteindre un niveau de maîtrise technologique équivalent – ce qui, dans le cas du Japon, s'est avéré une erreur grossière – rien n'empêche plus ces nations d'atteindre un niveau comparable à celui des puissances occidentales. Les efforts déployés par de nombreux États, en particulier en termes de transfert de technologie et de développement d'industries de défense locales, laissent peu de doutes quand à la réalité du processus enclenché.
Il serait certes dangereux de verser dans l'excès inverse, et d'affirmer que les conflits futurs verront les armées occidentales irrémédiablement surclassées. Une telle situation est très improbable, et supposerait un abandon volontaire par celles-ci du leadership technologique qui a peu de chance de se produire. Mais il semble inévitable à terme de voir restreinte la supériorité technologique occidentale à un niveau où celle-ci ne sera plus stratégiquement déterminante. La combinaison de technologies suffisamment avancées et de méthodes de contournement dissymétriques et/ou asymétriques, telles celles mises en œuvre aujourd'hui par la Chine ou l'Iran, constitue bien une menace sérieuse susceptible sinon de conduire à des défaites, au moins d'éloigner définitivement la perspective de victoires rapides et décisives y compris dans un conflit « conventionnel ». Ainsi, l'effet produit par l'exportation éventuelle de systèmes de défense sol-air S-300 à l'Iran par la Russie montre l'importance stratégique d'un rattrapage technologique même sectoriel.
L'affirmation par des États de plus en plus nombreux de leur volonté de puissance – et simultanément leurs efforts pour empêcher toute ingérence étrangère, résultat de près de vingt ans d'interventions militaires occidentales – rend presque inévitable à terme un rattrapage technologique. La combinaison d'une pression budgétaire de plus en plus importante, dans un contexte de croissance économique atone, et d'engagements épuisants pour les forces, à l'instar des conflits irakien et afghan, risque de favoriser ce rattrapage en conduisant les armées occidentales à des choix cornéliens : d'une part diminuer volontairement leur niveau technologique au profit d'un accroissement de leur masse, ce qui mettrait en danger leur supériorité dans ce domaine plus rapidement ; d'autre part, préserver leur avance technologique au détriment de leurs capacités opérationnelles, ce qui en ferait des « armées à un coup », inaptes à des engagements d'ampleur dans la durée. Résoudre cette contradiction impose sans doute de changer d'approche. Une approche synergistique entre technologie et art de la guerre, dans une logique d'ensemble systémique, offrirait sans doute la meilleure perspective de préservation durable d'un avantage militaire qui ne pourra plus reposer sur la seule maîtrise technologique.

Illustration : Un appareil de combat embarqué J-15 décolle du porte-avions Liaoning, premier navire de ce type en service dans la marine de la République populaire de Chine, le 23 novembre 2012. (c) Xinhua

29 octobre 2012

Guerre au sein des populations ?

Cette seconde chronique, publiée dans DSI n°52 en octobre 2009, n'a pas fondamentalement vieilli dans son propos. Le cœur de l'argument, c'est-à-dire l'impossibilité de distinguer corps politique et corps social dans le rapport avec une "population", un peuple, et le danger d'une pensée stratégique dogmatique, demeure d'actualité. L'incapacité à penser la politique autrement que comme une prescription morale ("la responsabilité de protéger", par exemple) et la guerre autrement que comme une série d'actions techniciennes (tactique, etc.) expliquent probablement l'échec en cours en Afghanistan et le retour à des approches encore plus fondamentalement techniques (frappes aéronavales, raids d'opérations spéciales) pour tenter de peser sur des situations politiques de moins en moins comprises. Leur efficacité à moyen terme ne sera pas meilleure que celle de la "guerre parmi les populations".

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Depuis qu'elle est apparue sous la plume de l'ancien général britannique sir Rupert Smith (Rupert Smith, The Utility of Force. An Art of War for the Modern World, Allen Lane, Londres, 2005), la "guerre au sein des populations" – War amongst the people en V.O. – est devenue une expression à la mode. Reprise aussi bien par des journalistes et des analystes que par les armées elles-mêmes, elle figure ainsi entre autres dans le manuel FT-01 publié en 2007 par le Centre de Doctrine et d'Emploi des Forces de l'armée de terre française. Selon ce concept, l'ère de la "guerre industrielle interétatique" – caractéristique du XXe siècle, et dont la seconde guerre mondiale serait l'apothéose – est désormais révolue, et les conflits futurs seront des guerres au sein des populations, dans lesquelles la force armée ne sera plus décisive mais devra simplement créer les conditions du succès politique, en suscitant l’adhésion de la population du pays où se déroule "l'intervention" au projet politique défendu. Selon Smith, là où dans l'ancien modèle l'armée adverse et sa destruction étaient le centre de gravité stratégique, le nouveau schwerpunkt serait désormais la population.
Pour qui observe les conflits qui se sont déroulés depuis la fin de la guerre froide, l'idée peut sembler séduisante. Elle l'est d'autant plus pour des armées comme l'armée britannique ou française, dont elle flatte le passé colonial tout en atténuant le complexe d'infériorité existant envers la « grande sœur » américaine depuis 1945. Pourtant, cette théorie est fondée sur une analyse discutable à la fois du point de vue de l'Histoire militaire et de celui de la stratégie, et elle recouvre des phénomènes différents. Projetant des représentations tout autant qu'elle expose des réalités, elle pourrait bien en l'état s'avérer dangereuse. C'est qu'il y a dans la guerre au sein des populations deux dimensions fondamentalement différentes, qu'il importe de bien distinguer.


Marine_Helmand

La première recouvre les interactions entre une armée et la population civile qui l'entoure. Parce que la guerre est un phénomène politique, et parce qu'une force armée – régulière ou non – est au service d'une autorité politique dont l'objectif est de contrôler un espace géographique – physique et humain –, ces interactions ont lieu depuis que la guerre existe. Des innombrables tâches administratives des légions romaines, dans un empire en déficit constant de fonctionnaires, aux Provincial Reconstruction Teams opérant dans l'Afghanistan d'aujourd'hui, des troupes levant des contributions sur les villages de Flandre au XVIIe siècle aux sinistres einsatzgruppen nazis, des unités militaires ont constamment opéré "au sein des populations", pour le meilleur et pour le pire. Symétriquement, les populations ont toujours été actrices des conflits, des peuples en armes de l'Antiquité à la Résistance en France pendant la seconde guerre mondiale, en passant par l'Espagne et le Tyrol napoléoniens ou les révoltes paysannes moyenâgeuses.
Bien au-delà de l'expérience coloniale, les armées ont donc toujours opéré au sein des populations, y compris dans le cadre de conflits dits conventionnels. De ce point de vue, opposer un modèle de guerre industrielle à celui de la guerre au sein des populations relève de la sur-simplification. La différence entre les deux types de guerre n'existe, en fait, que dans l'esprit d'institutions militaires dont l'horizon s'est trop longtemps limité au seul combat.
La seconde dimension ne se situe plus sur le plan historique, mais stratégique, et dans une certaine mesure éthique. La guerre parmi les populations s'inscrit en effet dans la continuité d'un courant de la pensée militaire que l'on pourrait qualifier de "colonial", à la suite de penseurs comme Gallieni, Lyautey, Lawrence, Galula, Trinquier, etc., qui sont d'ailleurs aujourd'hui redevenus des références. S’il est indéniable que du point de vue opérationnel ce sont ces penseurs qui, par nécessité, ont pensé plus et mieux que d'autres la question de l'interaction entre la force armée et les populations, ceux-ci font de la population un corps politiquement inanimé - Il est significatif que la traduction française de people ne soit pas "peuple", terme politique, mais "population", terme social -, balloté entre les arguments politiques des deux camps mais sans volonté propre.
Or la plupart des guerres civiles – du type de l'ex-Yougoslavie – et des insurrections – comme en Afghanistan – n'ont pas deux camps, la force amie et un adversaire, mais une multitude d'acteurs aux motivations variées. Les membres de ces entités ne sont pas extérieurs à, mais font partie de la population, au moins pour partie. La "population" n'existe donc pas dans la forme générique, simpliste, qui est la sienne dans le modèle de guerre parmi les populations. L'inspiration coloniale, ancrée dans une vision réifiée et "romantique" – pour ne pas dire ingénue – de populations réduites parfois à des images d'Épinal, cadre assez mal avec la réalité de systèmes d'individus aux loyautés multiples et aux aspirations complexes et variées. La population non seulement n'a pas l'unité de façade que l'on voudrait lui donner, mais n'est pas dissociable de "l'adversaire". Au contraire, celui-ci ne se contente pas de se dissimuler dans la population mais en fait partie intégrante.
On touche ici aux limites du modèle. Celles-ci sont semblables aux carences des théories coloniales, en dépit des différences de finalités. Solidement ancré dans une approche morale des relations internationales, proche du libéralisme idéaliste post-Wilsonien, le modèle de guerre au sein des populations s'inscrit dans une approche universaliste qui cadre assez mal avec la réalité des perceptions des peuples auxquels sont confrontées au quotidien les armées des Nations dites occidentales. Un droit moral international remplace la mission civilisatrice de l'Europe, mais le procédé mental est le même.
Suivre ce schéma, comme le fait – en dépit de la finesse de ses analyses – sir Smith, c'est s'engager dans une impasse. Un occupant, même bien intentionné, est rarement populaire. Mais un occupant venu persuader – et persuadé – de la supériorité de sa morale, transportant dans ses bagages un droit étranger, ne sera jamais perçu autrement que comme un envahisseur. « Personne n'aime les missionnaires armés », disait Robespierre.
Car le problème, en fait, est toujours le même. Si l'on considère que les populations – les peuples – sont composées d'individus dotés d'un libre arbitre et d'une conscience politique (et faire autrement serait à la fois méprisant et hypocrite), alors la question n'est-elle pas non de les convaincre de la supériorité de notre cause, mais d'écouter leur volonté ? Non de leur imposer notre bienveillance et de se décréter protecteurs, mais d'attendre leur demande ? Le cas irakien, que ce soit au Kurdistan, dans le cadre du « Réveil d'Anbar » (Anbar Awakening), ou à travers la politique actuellement poursuivie par le premier ministre Nouri al-Maliki, semble ne pas favoriser la guerre au sein des populations, mais au contraire plaider pour une guerre au sein des peuples, aux implications très différentes.
Car au cœur de la guerre au sein des populations se cache un paradoxe. Sauf à estimer qu'il est de notre devoir de transformer la planète en espace de démocratie libérale – voie dans laquelle nos propres peuples ne nous suivront heureusement pas –, il convient de répondre rapidement à la question de la finalité stratégique des interventions. Les guerres au sein des populations ne sont des guerres qui nous sont imposées que lorsqu'elles se déroulent sur le sol national. Si développer des méthodes adaptées aux opérations contemporaines est indispensable, la guerre – au sein des populations ou non – n'est que la poursuite de la politique par d'autres moyens. Elle ne peut en aucun cas en être le substitut.

Illustration : Un Marine sur un marché dans la province du Helmand, en Afghanistan. Photo US Navy.

27 septembre 2012

Le feu contre l'homme : l'impasse de la destruction comme idéal de guerre

Trois ans après sa parution dans les colonnes de DSI, en septembre 2009 (n°51), je reproduis la première de mes chroniques dans ce magazine L'évolution de la conflictualité contemporaine n'a, depuis, pas fondamentalement affecté ce truisme : l'efficacité du feu tient dans l'exploitation qui en est faite, et non dans ses effets propres ; la destruction n'est, au final, qu'un moyen. J'ai emprunté, en l'inversant, mon titre à l'étude monumentale du colonel américain S.L.A. Marshall, Men against fire, consacrée au combat des petites unités américaines en Europe en 1944-1945. Remis en cause depuis en raison d'une méthodologie plus que discutable - il a depuis été avéré que Marshall a partiellement inventé ses données - l'ouvrage demeure néanmoins important pour avoir été l'une des premières études académiques consacrées à la place de l'homme dans le combat."

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Pendant dix longues heures en ce 21 février 1916, l'artillerie allemande tire plus d'un million d'obus sur les positions françaises au nord de Verdun dans la plus longue et la plus massive préparation d'artillerie jamais enregistrée jusqu'alors. Lorsque les premières vagues d'assaut allemandes s'élancent, elles n'imaginent pas que les français puissent leur opposer une quelconque résistance. Pourtant, dans le Bois des Caures, deux bataillons de chasseurs à pied opposent à l'élite de la Reichswehr une résistance acharnée, et retardent de deux jours la percée allemande. En dépit des pertes et de la violence des bombardements, les troupes françaises s'accrochent partout au terrain, et immobilisent la percée allemande. La bataille de Verdun, envisagée comme une percée, devient par la force des choses une bataille d'attrition, la plus longue de la guerre. Elle fera près de 300 000 morts dans les deux camps.
Alors que, en ce 20 novembre 1943, les premiers Marines embarquent dans les chalands qui doivent les amener à terre sur Bétio, l'île principale du minuscule atoll de Tarawa dans le Pacifique central, ils pensent ne trouver que des cadavres. Comment quiconque aurait-il pu survivre aux bombardements, aériens et navals, qui matraquent l'atoll depuis plusieurs semaines ? Qui aurait pu résister à la puissance de feu de la flotte d'invasion la plus puissante jamais réunie à ce moment ? Pourtant, à peine auront-elles touché terre que les premières vagues d'assaut seront clouées sur place par le feu de Japonais bien vivants, et ayant résisté aux tonnes de munitions déversées sur eux. Il faudra trois jours de combat acharnés, et plus de mille tués, aux vingt-mille Marines de la 2d Marine Division pour conquérir une île d'à peine trois kilomètres de long sur moins d'un de large défendue par à peine trois mille soldats.
Lorsqu'en juillet 2006 les Forces de Défense Israéliennes lancent sur le Liban une offensive aérienne d'envergure destinée à détruire les capacités militaires du Hezbollah, elles ne doutent pas de la rapidité du succès. Armée de plus de 400 avions et hélicoptères de combat dotés des armements les plus modernes, soutenue par l'artillerie intégrée dans un plan de feux d'ensemble, dotée des meilleurs systèmes C4ISR, l'armée de l'air israélienne pense venir facilement à bout d'un adversaire incapable de se défendre faute de moyens sol-air. Et pourtant, après cinq jours d'attaques, il faut se résoudre devant leur insuccès à engager les forces terrestres, lesquelles, habituées à des opérations de police dans les territoires palestiniens, font face à un ennemi entraîné au potentiel de combat intact, qui leur réserve une mauvaise surprise. En plus d'un mois de combat et en dépit de l'engagement de moyens supérieurs à ceux de la plupart des armées européennes, les israéliens échouent à accomplir leurs objectifs. On pourrait multiplier les exemples similaires. L'idée selon laquelle il est possible de vaincre l'adversaire sans avoir à le combattre, en appliquant sur celui-ci une quantité suffisante de puissance de feu, n'est pas neuve. Depuis que l'arme à feu est devenue, au cours du XVIIème siècle, l'armement principal des armées européennes, le feu a, en occident, exercé sur les esprits civils comme militaires une dangereuse influence, et transformé progressivement la perception même de la guerre. Loin de ne constituer qu'un outil, tactique ou stratégique, le feu a progressivement envahi le champ idéel, et jusqu'à l'imaginaire.


Firefight_Afghanistan

Jusqu'au développement de l'arme à feu, les armes de jet n'ont pas la possibilité de provoquer la décision, et il faut s'en remettre au corps à corps pour obtenir celle-ci. Or le corps à corps, le choc, est une forme de combat très incertaine, dans la mesure où son effet est avant tout moral, et donc impossible à prévoir ; l'effet du choc dépend de la réaction d'autrui bien plus que des rapports de forces réels. Le feu, en revanche, a un effet d'abord physique. Selon la laconique formule du futur maréchal Pétain, « le feu tue ». Les effets du feu sont donc quantifiables, et cadrent bien avec la « mathématisation » de la guerre – et du monde – à l'œuvre aux XVIIème et XVIIIème siècles. Le feu, en quantité suffisante, doit permettre de détruire l'adversaire physiquement, supprimant donc ainsi la nécessité du choc pour rompre un dispositif adverse censé ne plus exister.
Progressivement, l'idée de détruire une portion du dispositif adverse devient celle de détruire l'adversaire dans sa globalité. Vaincre l'adversaire devient moins important que le détruire. La destruction cesse d'être un moyen pour devenir une fin en soi, supplante la manœuvre, et doit rendre le combat obsolète. Cet idéal de la destruction, porté par la technique, va s'incarner à de multiples reprises dès la fin du XIXème siècle, mais surtout au XXème siècle. La bataille de Verdun, telle qu'elle est préparée du côté allemand, est l'expression la plus aboutie jusqu'alors de l'esthétique de puissance destructrice véhiculée par le feu. Elle va également en être son premier échec. En effet, que ce soit à Verdun, sur la Somme, à Tarawa, au Liban ou sur les villes anglaises, allemandes ou vietnamiennes, le feu échoue à remporter la victoire. Certes le feu tue, et ce de mieux en mieux. Mais il ne brise pas la volonté de combattre de l'adversaire. Il détruit, mais il ne vainc pas.
Les guerres contemporaines soulignent l'impuissance surprenante du feu face à l'homme. Le feu peut tuer les corps, meurtrir les chairs, et l'homme est impuissant à l'en empêcher. Mais cette impuissance individuelle, si douloureusement apparente dans les récits de soldats, se transforme en puissance collective dès lors que la volonté de se battre reste intacte, parce que symboliquement la motivation des combattants leur permet de dépasser la violence qu'on leur inflige. Au delà de l'importance immédiate du « groupe primaire », c'est l'importance de l'enjeu qui fixe le seuil de motivation des combattants. La Patrie, la Révolution, l'Honneur, la Religion, l'Histoire, autrement dit le territoire et l'identité – la Révolution, chez les volontaires de l'an II, est constitutive de leur identité – suscitent chez leurs défenseurs le courage de faire face au feu.
Au demeurant, et au regard de l'Histoire, l'effet concret du feu sur le moral adverse est finalement plus faible qu'on ne pourrait le penser. Il n'y a en effet pas de transposition immédiate de l'effet physique dans le domaine psychologique. Dès lors que sa motivation est suffisante – et elle l'est dès lors que l'enjeu est suffisamment élevé – le feu ne suffit pas à défaire l'adversaire. Si il est toujours possible alors de détruire ponctuellement – c'est généralement de cette manière que se terminent les engagements en Afghanistan – l'adversaire meurt invaincu, et sa destruction aussi totale soit-elle sur le plan local n'a aucun effet sur le résultat global. C'est la combinaison du feu, de la manœuvre et du choc qui permet, seule, de provoquer chez l'adversaire l'effet moral décisif, au niveau tactique comme opératif. La défaite, on l'oublie trop souvent, est un acte volontaire : l'adversaire doit reconnaître qu'il est vaincu. Pour cela il faut le placer en état de choc, ce que seule l'intention humaine – dont les armes ne sont que l'outil – peut provoquer. L'Homme, et non le feu, reste bien l'instrument ultime de la victoire, car ce n'est que par sa présence que la guerre quitte le champ de la mécanique pour investir celui du politique.

Illustration : des Marines échangent des tirs avec les Taliban dans la province du Helmand, en Afghanistan en 2010. Photo US Navy

18 septembre 2012

Actualités

Alors que ce blog entre dans sa cinquième année d'existence - c'est en septembre 2008 que La Plume et le Sabre a vu ses premiers billets mis en ligne - l'évolution de mes activités professionnelles ne me permet plus guère de publier régulièrement ici des articles de fond. Pour relancer néanmoins une activité internet à laquelle je tiens, je republierai à partir de la semaine prochaine, puis la dernière semaine de chaque mois, mes chroniques parues dans Défense & Sécurité Internationale depuis septembre 2009 - encore un anniversaire. D'autres billets, originaux mais certainement assez courts, s'intercaleront je l'espère entre ces republications, qui seront en ce qui les concerne systématiquement accompagnées d'un commentaire: mise à jour, pistes de réflexion supplémentaires, etc.
D'ici là il est bien sûr toujours possible de me lire dans ''DSI'' et ''DSI Hors-Série'', dont le dernier numéro est consacré à un sujet d'importance, la maritimisation et où je signe deux articles consacrés respectivement à la stratégie française et à son avenir, et au futur de la Marine nationale, et sur d'autres thématiques dans Guerres & Histoire, dont le dernier numéro est consacré entre autres à la Guerre du Vietnam.
Enfin, les éditions Economica m'ont fait le plaisir et l'honneur, il y a quelques mois, de me proposer de préfacer un ouvrage d'Henry de Wailly consacré à l'offensive franco-britannique contre la tête de pont d'Abbeville, sur la Somme, entre le 27 mai et le 4 juin 1940. Ce livre est désormais paru et disponible en librairie, et je ne peux que recommander vivement la lecture de cette étude fine de combats acharnés qui, jusqu'ici, demeuraient largement méconnus.


DeWailly_Abbeville_Couv

Rémy Porte consacre sur son blog une fiche de lecture à ce livre.
Enfin, je vais dans les semaines à venir mettre progressivement à jours ma liste de liens, qui en a bien besoin. N'hésitez pas à me soumettre dans les commentaires de ce billet ou par mail des sites et blogs qui vous sembleraient devoir y figurer.

12 mars 2012

Citation

Relevée aujourd'hui sur le blog de Michel Goya, une citation du général Salan qui date de 1956, mais qui me semble terriblement d'actualité - et s'applique largement au-delà des armées :
"Le plus grave défaut de notre armée actuelle, c’est qu’elle travaille trop ! Tous les bureaux sont noyés sous la paperasse ! Nos chefs, trop absorbés par des questions secondaires, n’ont plus le temps de réfléchir et de penser aux questions importantes. Ils ne dominent plus aucun problème. En dépit des déclarations officielles, on est partout sur la défensive. Malgré nos grands moyens, nous parons simplement les coups comme nous pouvons, mais toujours à courte vue, dans l’immédiat."
Un propos qui se passe de tout commentaire, et fait écho à un billet de ce blog paru en juillet 2009...

25 février 2012

Guerres & Histoire n°05, 1918 et l'opératique

Le cinquième numéro de la revue Guerres & Histoire est en kiosque, avec pour dossier central l'armée française de 1918, sans aucun doute l'un des plus remarquables outils militaires dont la France ait disposé au cours de son histoire - la Grande Armée du camp de Boulogne (1804) à la paix de Tilsit (1807) demeurant à mon sens la plus grande, tant pour son efficacité militaire que parce qu'elle incarnait, selon l'expression consacrée, "une certaine idée de la France". Réalisé pour l'essentiel par Michel Goya, ce dossier dresse un panorama complet de l'armée française de la victoire : mécanisation, commandement, opérations, comparaison avec les alliés, Britanniques et Américains, et avec l'ennemi allemand, le tout accompagné d'une riche iconographie.

Guerre&Histoire_05_Couv
Les deux dernières pages du dossier sont un débat entre Michel Goya et moi-même - qui sommes tous deux conseillers de la rédaction de G&H -, afin de savoir si l'armée française en 1918 pratique, ou non, l'opératique (ou "art opératif"). Condensé d'un débat filmé, ce débat trouve un prolongement, bienvenu tant le sujet est vaste, dans la double interview qu'à réalisé Stéphane Mantoux sur son blog, excellente idée qui permet à Michel comme à moi de préciser certains points.
N'hésitez pas à réagir sur le dossier sur le blog de Michel Goya ou la page Facebook de ''Guerres & Histoire'', et sur le thème de l'opératique par mail ou dans les commentaires de ce blog. Et bien sûr, bonne lecture !

15 février 2012

Passage à France Culture dans l'émission "La fabrique de l'Histoire"

Aux côtés de Laurent Henninger, j'étais l'invité mercredi 15 février 2012 de l'excellente émission "La Fabrique de l'Histoire", d'Emmanuel Laurentin sur France Culture.

Logo-France-Culture
Dans le cadre d'une semaine consacrée au thème de "l'Histoire des relations de l'armée à la Nation", nous étions conviés à parler de la problématique de la politisation des officiers, autrement dit de la manière dont le corps des officiers, et plus largement l'armée, en France et ailleurs, se sont dotés d'une conscience politique autonome, et des rapports entre le politique et le militaire.
L'émission peut être réécoutée en ligne et téléchargée pendant une durée limitée sur le site de France culture. Les autres émissions de "La Fabrique de l'Histoire" sont également disponibles en podcast.

02 janvier 2012

Parution de "Repousser l'horizon. Histoire et perspectives des opérations aéronavales" - Histoire & Stratégie n°09, janvier-mars 2012

Tout en souhaitant aux lecteurs de ce blog une très bonne année 2012, je vous annonce la parution d'un nouveau numéro de la revue Histoire & Stratégie - désormais trimestrielle - consacré à l'histoire et aux perspectives des opérations aéronavales. J'ai rédigé intégralement ce numéro qui s'efforce, toujours sur une centaine de pages et avec plus de 150 photos, de retracer l'évolution des moyens aéronavals et de leur emploi depuis désormais un peu plus d'un siècle. Ce numéro est en kiosque depuis quelques jours, pour trois mois donc.

H&S09Couverture

Editorial

Depuis les origines de l’aviation jusqu’à aujourd’hui, les aéronavales se sont progressivement imposées comme décisives à la maîtrise des mers : aucune marine n’envisagerait de s’en passer. C’est à leur découverte et à celle de leurs opérations qu’est consacré ce nouveau numéro d’Histoire & Stratégie, qui devient désormais trimestriel, afin de laisser la place à deux numéros hors série par an. Au croisement de l’histoire technique, tactique et opérative, l’étude qui suit, rédigée par Benoist Bihan, rédacteur en chef adjoint de cette revue, historien, chercheur en études stratégiques et rédacteur du blog La Plume et le Sabre, entend aborder les opérations aéronavales de manière transversale tout en mettant en lumière le rôle considérable que tient, depuis ses origines, l’aviation sur la conception et la conduite des campagnes et des opérations maritimes. Cette importance, la Seconde Guerre mondiale l’a soulignée à l’envi. Si en effet les noms de Pearl Harbor – dont le mois de décembre 2011 était le soixante-dixième anniversaire – ou de Midway – dont les soixante-dix ans seront fêtés en juin prochain – sont connus et évoquent le triomphe du porte-avions sur le cuirassé, ces engagements ne sont que deux exemples parmi d’autres de l’importance cruciale qu’ont eue les aéronavales dans la victoire alliée : sans aviation navale et maritime, pas de victoire contre les sous-marins allemands dans l’Atlantique, pas de succès pour les débarquements en Europe et dans le Pacifique, pas de ravitaillement de l’URSS par la mer possible et pas non plus de victoire en Méditerranée. De la première action aéronavale offensive – le bombardement d’un navire turc par un hydravion grec lors de la première guerre balkanique en 1913 – jusqu’à la récente guerre de Libye, l’importance des aéronavales ne s’est pas démentie. Aujourd’hui indispensables à la préservation de la liberté de navigation – sur laquelle repose l’immense majorité du commerce international –, et à la projection de puissance et de force, les moyens aéronavals sont pour les États qui en disposent un atout précieux entre tous. Signe de leur importance, de nombreux pays, dont la Chine et l’Inde, développent aujourd’hui leurs aéronavales et cherchent à se doter de porte-avions ou de porte-aéronefs. La conquête de la puissance aéronavale est bien le premier pas de l’accession à la puissance mondiale.

Sommaire

Éditorial

Introduction : Faire reculer l'horizon

Première Partie - L'aube des aéronavales (1900-1939)

Aux origines des aviations navales (1900-1914)
Des vigies dans le ciel
Une aviation de coopération avec la flotte
Attaquer depuis les airs ?

Les débuts des opérations aéronavales (1914-1918)
Premières actions de guerre
La maturation des capacités aéronavales
Vers le porte-avions

Conception des porte-aéronefs - La victoire de la simplicité Les premières exigences : décoller et apponter
Conduire les opérations aériennes
Focus : Les cuirassés porte-avions, l’histoire d’un échec
Le porte-avions après 1945

L’entre-deux-guerres - Évolutions techniques et débats doctrinaux L’effacement aéronaval de la Royal Navy
Rivalité aéronavale dans le Pacifique
Focus : Le déclin des dirigeables
Débats et expérimentations
Les aéronavales des années 1930

Deuxième Partie - Le triomphe du porte-avions (1939-1945)

De la Norvège à la Crète - Atlantique et Méditerranée (1939-1941)
1939-1940, premiers combats pour la Fleet Air Arm (FAA)
1940, la Royal Navy prend l’avantage en Méditerranée
1940-1941 : fermer le gap de la couverture aérienne en Atlantique
1941, Royal Navy contre Luftwaffe en Méditerranée

Le triomphe des puissances aéronavales - Atlantique et Méditerranée (1942-1945)
L’année terrible de la Royal Navy en Méditerranée
L’aéronavale donne la victoire aux Alliés dans l’Atlantique
Les aéronavales dans la libération de l’Europe

L’aviation maritime - Cruciale et oubliée
Missions et organisation des aviations maritimes jusqu’à la Seconde Guerre mondiale
L’aviation maritime au combat, 1939-1945
Après 1945

De Pearl Harbor à Midway - Opérations aéronavales dans le Pacifique (1941-1942)
Le Kido Butai en fer de lance de l’offensive japonaise (décembre 1941-avril 1942)
Les porte-avions américains enrayent l’offensive japonaise (avril-mai 1942)
Victoire aéronavale américaine à Midway (4-6 juin 1942)

Le long chemin de Tokyo - Opérations aéronavales dans le Pacfique (1942-1945)
Guadalcanal, la campagne pour les Salomon et la ruine de l’aéronavale japonaise
Raids et reconquête : l’aéronavale américaine à l’assaut du Pacifique
Du « tir au pigeon » des Mariannes à la baie de Tokyo

Troisième Partie - Les aéronavales depuis 1945

Les opérations aéronavales depuis 1945
L’atome et le jet : interrogations doctrinales et évolutions technologiques
Focus : Entre supercarriers et Sea Control Ships, l’évolution des porte-avions américains depuis 1945
La prolifération des capacités aéronavales
Focus : Les porte-avions français après 1945
Plus de soixante ans d’opérations aéronavales
Focus : La guerre des Malouines, le chant du cygne de la Fleet Air Arm

L’évolution des groupes aériens embarqués - L’exemple américain depuis 1941
1941-1945 : équilibrer l’attaque et la défense
1945-1965 : spécialisation des appareils et nouvelles missions
1965-2011 : l’ère des supercarriers et la lente érosion capacitaire de l’après-guerre froide

L’affrontement aéronaval qui n’a jamais eu lieu - US Navy contre flotte soviétique dans les années 1980
Le scénario d’une troisième bataille de l’Atlantique
Un scénario réaliste ?

Conduire les opérations aéronavales - Emploi tactique et opératif des moyens aéronavals
L’emploi tactique des moyens aéronavals
L’emploi opératif des groupes aéronavals

L’avenir des aéronavales - Perspectives et prospective
Des navires de combat de surface aux capacités aéronavales renforcées
Le porte-avions de demain et son groupe aérien
L’aviation maritime

Bibliographie indicative

03 décembre 2011

Journée d'étude "Nouvelle histoire campagne" le 8 décembre 2011 à l'École militaire

Le 8 décembre 2011 aura lieu à l’École militaire (dans l'amphithéâtre de la DICOD) une journée d'études autour d'un concept central et souvent négligé par les historiens - qui se concentrent sur l'événement qu'est la bataille - de la pratique de la guerre : la campagne. J'aurai le plaisir d'y proposer une communication consacrée à la distinction entre les notions de campagne, d'opération et d'engagement (combat), notions qui se rattachent à des disciplines différentes de la science et de l'art de la guerre et sont pourtant trop fréquemment confondues Ci-dessous, vous trouverez le programme de cette journée d'étude qui promet d'être passionnante. Le même jour, mais de 19h à 21h, ne manquez pas le prochain Café stratégique d'AGS, qui reçoit ce mois-ci le colonel Michel Goya.

L'attention des historiens du fait guerrier s'est longtemps focalisée sur l'intensité dramatique de la bataille, au point de justifier le rejet d'une histoire bataille jugée trop événementielle. Mais c'est également de la bataille qu'est né le renouveau historiographique illustré par les travaux de John Keegan (The Face of Battle) ou de Georges Duby (Le Dimanche de Bouvines).
C'est pour en rendre compte que le Centre d'Études d'Histoire de la Défense avait créé la commission « Nouvelle Histoire Bataille ». Afin de prolonger cet héritage, le domaine « Histoire de la Défense et de l'armement » de l'IRSEM souhaite en proposer de nouveaux développements, en inaugurant un cycle de journées d'études consacrées à la définition d'une nouvelle « histoire campagne ».
L'étude de la guerre à l'échelle de la campagne se donne pour objectif d'élargir la perception des enjeux des batailles en en étudiant l'amont et l'aval. Mais il s'agit également de promouvoir une échelle d'analyse qui permette de prendre en compte des réalités souvent occultée par la concentration sur la bataille (la logistique, l'attrition, l'articulation avec le politique, etc.) et de mieux saisir l'articulation entre les niveaux stratégique, opératif et tactique. Enfin, l'échelle de la campagne permet d'étudier la guerre dans des contextes où le paradigme de la bataille n'est pas pertinent (les guerres asymétriques, par exemple).
Cette première journée d'études sera consacrée à un effort de définition, qui servira de base aux développements ultérieurs du programme.

Programme

Matin, 9 h - 12 h
« Propositions pour une histoire campagne » par Hervé Drévillon, professeur à l'université Paris I, directeur du domaine « Histoire de la défense et de l'armement » à l'IRSEM
« Campagne militaire terrestre et trinité clausewitzienne - L'exemple afghan » par le colonel (Terre) Benoît Durieux, ancien chef de corps du 2e REI
« Opération navale ou campagne maritime - Quelle pertinence au XXIe siècle ? » par le vice-amiral Bruno Paulmier, président de la commission permanente des programmes et des essais des bâtiments de la flotte
« La campagne aérienne - Une tentative originale de penser et modeler l'ennemi » par le colonel (Air) Jean-Christophe Noël, responsable du programme « Pensée stratégique et nouveaux concepts » à l'IRSEM

Après-midi, 13 h 30 - 16 h 30
« La campagne, un acte stratégique - Architecture d'une campagne, et distinction entre campagnes, opérations et engagements » par Benoist Bihan, doctorant en histoire à l'université Paris I / Panthéon-Sorbonne
« La place de l'étude des campagnes dans une nouvelle histoire des guerres napoléoniennes - Dépasser l'historiographie des XIXe et XXe siècles » par Patrick Bouhet, attaché principal du ministère de la Défense
« La conquête coloniale à travers la problématique de l'organisation des colonnes - L'exemple des campagnes soudanaises » par Julie d'Andurain, chargée de cours à Paris IV et adjointe au bureau « Recherche » du CDEF
« 'L'histoire-campagne' et les interactions entre les fronts, ou le chaînon manquant - L'exemple de la Grande Guerre » par lieutenant-colonel Rémy Porte, chef du bureau « Recherche » du CDEF

Inscription (obligatoire) : inscription.irsem@defense.gouv.fr
Informations : laurent.henninger@defense.gouv.fr

18 novembre 2011

Les engagements stratégiques français : nouveaux regards – Journée d’étude de l’IRSEM le 24 novembre 2011

L’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM) organise le 24 novembre 2011, en amphithéâtre Desvallières à l’École militaire, de 09h00 à 18h00, une journée d’étude ouverte au public sur l’actualisation du Livre blanc, avec pour enjeu de proposer des "Éléments de réflexion pour l’actualisation du livre blanc sur la défense et de la sécurité nationale". J'y présenterai pour ma part une communication dans la dernière table ronde.
En voici le synopsis rédigé par l'IRSEM :
"Depuis 2008, la multiplication des tensions régionales et des crises économiques ont amené de nombreux changements dans le contexte géostratégique. L’arc de crise défini par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, qui va de l’Atlantique à l’océan Indien a été confirmé, notamment avec le maintien des zones de crises et surtout avec les révoltes dans le monde arabe. Ces derniers évènements ont néanmoins laissé entrevoir de nouveaux enjeux, de nouveaux défis à traiter, pour notre stratégie, pour nos forces armées. A l’heure où la France entame une réflexion sur l’actualisation de son Livre blanc, l’IRSEM sollicite des regards neufs, ceux des jeunes chercheurs rattachés à l’institut sur les questions de défense et de sécurité, pour contribuer à cet effort. Menant depuis plusieurs années des travaux précurseurs sur des questions clefs, ces experts, pour la plupart jeunes docteurs ou doctorants, ont déjà proposé et publié des hypothèses que l’actualité a depuis vérifiées. Le 24 novembre 2011 à l’École militaire, seront ainsi abordés, avec eux, les ambitions et les engagements stratégiques de la France face aux enjeux internationaux contemporains, au regard de ses capacités opérationnelles."
Le programme est disponible en cliquant sur ce lien. L’accès à l’école militaire étant réglementé, il est nécessaire de s’inscrire au préalable.
Inscription :
Écrire à inscription.irsem@defense.gouv.fr en précisant vos titre, grade, fonction, organisme, nom et prénom.
Renseignements :
Diane de Laubadère 01 44 42 52 87 – Guillaume Pichard : 01 44 42 53 93

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