C'est Jean-Dominique Merchet qui le signale sur son blog "Secret Défense" : dans le discours du 11 novembre du Président de la République Nicolas Sarkozy, les "mutins" de la Première Guerre mondiale - et pas uniquement de 1917 : il y a en réalité eu davantage de fusillés en 1914-1915 - sont considérés comme des héros français, au même titre que les autres combattants de cette guerre qui marque, à plus d'un titre, un tournant dans l'histoire de France. L'extrait du discours présidentiel vaut la peine d'être relayé ici : "Tous furent des héros, même ceux qui, après avoir affronté avec un courage inouï, les plus terribles épreuves, refusèrent un jour d’avancer parce qu’ils n’en pouvaient plus." Un propos fort, que l'on ne peut que partager, tant il est vrai que même au plus fort des "mutineries" jamais les unités concernées n'ont cessé de tenir le front, prêtes à repousser toute offensive allemande. Simplement, elles n'en pouvaient plus des attaques suicidaires.
Comme l'ont montré les historiens - et j'en profite pour recommander en particulier l'ouvrage d'André Bach, Fusillés pour l'exemple, 1914-1915 - les "mutineries" de 1917 ressemblent en réalité davantage à des grèves qu'à des mutineries au sens classique du terme (ce qui explique les guillemets que j'emploie ici). Ce qui amène une réflexion intéressante, et particulièrement pertinente dans un contexte où le métier de soldat tend à devenir un métier parmi d'autres, dans une société qui considère moins qu'autrefois que le soldat bénéficie d'un statut particulier : comment gérer les mouvements sociaux dans un corps militaire ? La discipline, certes, est la première force des armées, mais comme dans le civil, ce n'est pas parce que l'employé (le soldat) a des revendications sociales qu'il cesse de faire son métier (en l'occurrence de protéger la Nation) pour autant. J'ajoute qu'une armée professionnelle n'a nécessairement pas les même manières de traiter ces questions qu'une armée de conscription où la discipline prend une place différente. Aujourd'hui, toutefois, le soldat n'est plus un mercenaire d'Ancien régime. Comme le conscrit, il est d'abord et avant tout un citoyen. Dès lors, et sans parler de syndicalisme et de droit de grève, la question mérite, sans doute, d'être posée.